![]() Moncef Marzouki, en exil en France (photo Europa451) La Tunisie organise dimanche 25 octobre des élections présidentielles et parlementaires. La dissidence, composée des partis d’opposition –légalisés ou pas- et de leaders exilés en Europe pour fuir la répression du régime de Ben Ali, qualifie ces scrutins d’ « arnaques ». Ben Ali se présente en tant que Chef de l’État pour son cinquième quinquennat, après 22 ans au pouvoir et une énième réforme constitutionnelle qui lui permettra de gouverner jusqu’à l’âge de 78 ans (au minimum...). La situation précaire des libertés en Tunisie a forcé l’opposition à se déplacer en Europe pour exposer sa critique envers la dictature de Ben Ali. A Paris s'est tenu un débat ouvert auquel se sont rendu les membres de l'opposition mais aussi des militants du parti gouvernemental tunisien, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), en plus des "cafards" déjà infiltrés par le régime. Divisée et prisonnière de son passé condescendant envers le coup d'Etat de Ben Ali en 1987, la dissidence manque d’une voix de prestige qui puisse l’incarner à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Seule une jeune personnalité anonyme, le dessinateur “Z”, sur la scène médiatique depuis deux ans - et ce, sans bénéficier de parrains ni d’adhésions partisanes - semble susciter une fierté pour la récupération de la dignité perdue parmi les vrais démocrates de Tunisie. En hôpital psychatrique "Je prie tous les assistants de réfléchir une minute à l’Histoire d‘Alaya Kouki. Cet ingénieur de Tebourba avait lu en janvier les règles qui permettent à tout citoyen tunisien de se présenter aux présidentielles. Il les prit alors au sérieux et envoya une lettre au Président du Parlement pour lui informer de son intention de se présenter. Il partit alors sur les routes du pays à la recherche des 30 parrainages de maires ou députés nécessaires pour rendre officielle sa candidature. Au bout de deux mois, il fut arrêté dans un contrôle de police et enfermé dans un hôpital psychiatrique. Là-bas, il a été déclaré ‘malade mental’. Lorsqu’il a été relâché, quelques mois plus tard, Kouki l’idéaliste était déjà une personne brisée et incapable de mener une vie normale". Cette histoire a été racontée par Sihem Bensedrine, rédactirce en chef du magazine Kalima, censurée en Tunisie, comme d’ailleurs toute la presse libre, la seule qui ose rapporter ces faits. Nous sommes à Paris, à Sciences Po, quelques jours avant les élections. Ce sanctuaire de Mai 68 a ouvert ses portes à la dissidence politique tunisienne pour qu'elle puisse se manifester en direction de l’opinion publique tunisienne, même si cela paraît en vain. Un mirage qui n’a ni l’intérêt ni les moyens pour mettre en place les alternatives à la figure du dictateur Zine el Abidine Ben Ali. Depuis 1987, toutes les élections ont été remportées par celui qui se présente comme un barrage face à l'islamisme, obtenant à chaque fois des scores de plus de 90%. Auparavant, Bensedrine a été accusée de se vendre à l’Occident et arrêtée plusieurs fois pour exercer librement la critique journalistique au régime de Ben Ali et sa puissante femme Leyla. Quand elle fait appel à la conscience de l’assistance, nous approchons du climax de la journée. Les 400 personnes qui se tassent sur les bancs s’agitent, nerveuses, dans l’attente du discours du docteur et écrivain Moncef Marzouki, le plus charismatique des leaders de la dissidence tunisienne. À 64 ans, Marzouki, chef de file du Congrès de la République, soulève encore les passions politiques. Tous sont prêts pour l’encourager ou le huer. Une opposition à perpétuité à Ben Ali, le président chronique ![]() Marzouki, leader du Parti de la République « Nous ne sommes pas l’opposition tunisienne. Nous sommes la résistance, car dans une dictature il n’y a point d’opposition, mais une résistance », s’enflamme Marzouki. Il rappelle à tout le monde que Ben Ali et son parti, le RCD, contrôlent les 216 mairies du pays, 98% du Parlement et les 24 gouvernorats qui composent ce petit pays de 10 millions d’habitants qui selon les experts, ressemble socialement et économiquement parlant au Portugal d’il y a 40 ans. De même que le poète espagnol en exil Rafael Alberti avait inventé le surnom de funéralissime pour se moquer du généralissime Francisco Franco en Espagne, les mouvements de dissidence au pouvoir du tout puissant de Ben Ali, se réfèrent à lui en tant que « président chronique », au lieu d'« à perpétuité », comme s’il s’agissait d’une maladie. « Mon diagnostique est qu’aucune famille politique n’abandonne le pouvoir de son plein gré. La stratégie que je propose est le boycott des élections du 25 octobre », continue le docteur Marzouki. Cet homme à l’air hiératique et aux tons messianiques accuse « les puissances étrangères » de soutenir le régime de Ben Ali, dont la France qui cherche à sécuriser ses intérêts économiques dans la région. « Ce qui est pervers en Tunisie, c'est que le régime utilise la démocratie pour légitimer la dictature. Voilà pourquoi se présenter aux élections c’est participer au décor du régime. » Marzouki, a décidé de ne pas se présenter aux élections en Tunisie. « Les dictatures ne se réforment pas, il faut les abattre. Surtout les dictatures mafieuses comme celle du clan Ben Ali”, conclut-il en accusant de collaborationnisme les partis et les leaders qui participent aux élections ou essaient de le faire. La dissidence est une auberge espagnole Bien que des leaders existent, l’opposition est incapable de se connecter avec la société tunisienne et de faire front commun en faveur d’un changement de régime. « Ceci s’explique peut-être par le fait que la dissidence est dirigée par une génération d’hommes âgés qui en 1987 ne sont pas opposé à la prise de pouvoir par Ben Ali », nous explique Sana Ben Achour, urbaniste et présidente de l’Association Tunisienne de Femmes Démocrates. Toute une génération politique qui n’avait pas protesté à temps paye aujourd’hui la facture de son manque de crédibilité. C'est en tant que ministre de l'intérieur de l'époque que Ben Ali a déposé le Président Bourguiba, au pouvoir depuis 1957, pour sénilité. Ce "coup d'Etat médical" est considéré par l'immense majorité de la classe politique comme une bonne chose, laissant espérer des changements dans un pays qui connaît alors une crise économique, aggravée par le clientélisme et la corruption. ![]() Ben Ali 22 ans plus tard, le seul parti d’opposition avec une représentation au sein du Parlement –quoi qu’insignifiante- c’est l’Ettajdid, un mouvement d’anciens communistes modérés qui, selon son secrétaire général adjoint, Samir Ettayeb, considère que « l’opposition tunisienne est pacifiste et ne doit pas faire appel au boycott des élections ». « Ce qu’il faut faire », argumente Ettayeb, « c’est présenter un programme de changement radical ». « Le pouvoir ne sait pas changer et l’opposition est incapable de changer les choses. Tout cela ne peut que qu'imploser ou exploser », reprend Marzouki, le médecin opposant, dans une salle tonitruante et entre les approbations et les cris de l’auditoire. "Je me déclare désespérée" Ahmed Nejib Chebbi, 65 ans et leader historique du Parti Démocratique Progressiste (PDP, centre laïciste), a aussi son point de vue, encore différent. Son parti s’est retiré de la lice présidentielle, mais pas des élections parlementaires et il explique sa position, la voix brisée par huit heures de débats. « Résister dans le pays signifie s’opposer ! Nous n’acceptons pas les leçons d’un autoéxilé », pointant alors Marzouki. « Je réclame un bilan du travail clandestin des partis politiques en Tunisie. La Politique doit être cohérente et porter la voix du peuple, tendre des ponts vers le peuple. Faire autrement c’est démissionner ! », s’exacerbe Chebbi. 17 des 26 listes aux élections parlementaires de son parti ont été annulées par les autorités, principalement dans les grandes villes comme Tunis ou Sfax. « Ceci est la preuve que le régime a déjà cuisiné les résultats du 25 Octobre”, soutien Moncef Ben Jaffar, vétéran et dirigeant social-démocrate du Forum Démocratique pour le Travail et la Liberté (FDTL). Ben Jaffar s’était aussi présenté aux élections présidentielles, mais sa candidature a été rejetée « parce qu’il ne préside pas son parti depuis au moins deux ans ». Pour Ben Jaffar, « en Tunisie il n’existe qu’une seule forme de résistance et de dissidence : rester en contact avec les gens, car toute la stratégie du régime de Ben Ali repose sur la séparation et l’isolement des uns et des autres ». « Ce type de rencontre se transforme souvent en un mur des lamentations”, commente Ben Jaffar dans les couloirs à la sortie de l’évènement. Sana Ben Achour est d’accord : « Je me déclare désespérée. L’opposition est comme une auberge espagnole et il n’y a pas de perspectives réelles d’alternance politique en 2009. La véritable échéance électorale pour l’opposition ce sont les élections municipales en 2010 ou plutôt 2014, avec les ». Fernando Navarro Sordo Europa451 CommentsLeave a Reply | Catégories:
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