Collectif de journalistes européens en devenir et développement, Europa451 souhaite aujourd’hui étendre sa présence à Bruxelles. Le défi de l’information européenne/transnationale vous passionne ? Cette annonce est peut être pour vous. Création récente, Europa451 (ou e451) est actuellement composé de trois journalistes (espagnol, italien, français). Tous ont fait leurs armes à cafebabel.com mais aussi chez Euractiv.fr, Le Courrier International et Euroalter. Nous recherchons 2/3 nouveaux talents. En plein développement, Europa451 souhaite intégrer de nouveaux talents au projet pour :
Quels critères ? Le critère premier est géographique : Bruxelles. Avec déjà deux journalistes et une collaboratrice à Paris, Europa451 veut rééquilibrer la balance avec la capitale française. Quels profils ? Journalistiques mais également un profil de communiquant/marketing. Il faut bien entendu être passionné par les médias, l’information européenne et transnationale et être motivé par l’idée de créer un nouvel acteur dans ce domaine. Un acteur qui veut innover, proposer de nouvelles choses et s'investir, en participant aux débats. Les qualités linguistiques sont essentielles puisque le projet est basé sur le multilinguisme. En plus de sa langue maternelle, le "candidat" devra maîtriser le français et l’anglais si possible. La langue de travail est aujourd'hui le français. Quelles missions ? Participer avec les autres membres aux réflexions générales sur les orientations du collectif. Faire du travail de fond sur les projets et participer à la réflexion autour du statut juridique et business model/plan à venir. Pour le profil communiquant : mettre en place une stratégie et un plan de communication média et hors média pour le collectif. Développer les partenariats Pour le profil journaliste : si vous êtes d’une langue maternelle autre que celles déjà existantes dans le collectif, (à savoir l'espagnol, l'italien ou le français) éventuellement ouvrir une nouvelle version du site. Mais dans tous les cas : écriture d’articles, possibilités de reportage freelance, édition, traduction, etc. Curieux ? Intéressé ? Contactez nous à cette adresse : europa451@gmail.com Ce sera l’occasion de discuter de vos ambitions, motivations et de vos expériences autour d'un café avec un certain Jean-Sébastien Lefebvre. Europa451 Add Comment Buzek, président de l'Ukraine ? 29/03/2010
Beaucoup se plaignent du peu d'entrain de la part des médias traditionnels pour le fait européen et sa politique. Entre incompréhension et déni. Certains font parfois l'effort de mettre l'Europe et l'Union européenne en Une. Dernièrement, le Vif - L'Express (hebdomadaire belge de premier plan) a publié un numéro extra (cahier spécial pour 3 euros) avec pour titre : "L'Europe à l'heure belge". En une cinquantaine de pages, les journalistes s'appliquent à retracer le rôle de la Belgique dans l'intégration européenne tout en décryptant l'actualité du moment : présidence espagnole, etc. Plutôt bien fait. Jusqu'à la page 17 et l'organigramme de l'UE (voir la page complète en pièce jointe de cet article). Voici le carré concernant le Parlement européen et son très connu président. Pour être plus explicite, voici la photo de Jerzy Buzek (le vrai) : Pas très ressemblant...normal puisque la photo publiée par le Vif est celle de Viktor Ianoukovitch, lors d'une visite officielle à Bruxelles (comme le démontre le drapeau européen derrière lui) au lendemain de son (re)élection à la tête de l'Etat ukrainien (il avait été forcé à la démission en 2005 lors de la révolution orange) il y a quelques semaines. Jerzy Buzek, plus de six mois après son élection semble donc être encore un illustre inconnu aux yeux des journalistes et des opinions publiques européennes, alors qu'il dirige l'organe démocratique par excellence de l'UE. Et cette petite boulette nous démontre une chose : un journaliste spécialisé UE, ce n'est pas toujours un gros mot...parfois, ça peut être utile. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451
Remerciements à Tomislav ![]() Le 25 mars dernier, les journaux britanniques Times et Sunday Times ont annoncé que leurs contenus et l'accès à leurs sites web seront dorénavant payants. Le 29 mars, c’est au tour du Monde.fr. La prophétie Murdoch est-elle en train de se réaliser en Europe ? Premier site d’information en ligne en termes de visiteurs, le Monde.fr change sa formule à partir du 29 mars 2010. A daté de ce jour, seuls les articles produits par la rédaction Internet seront libres d’accès. Pour ceux écrits par la rédaction papier, il faudra soit être abonnés, soit payer. Un choix qui rejoint celui du Figaro.fr : une information à trois niveaux, avec un accès gratuit pour le premier correspondant aux news, un deuxième et troisième payants et accessibles selon la formule choisie par l’internaute. Ces décisions semblent résonner comme la réalisation progressive du discours tenu par le magnat de la presse anglo-saxonne, Robert Murdoch. En août dernier, il avait déclaré que « le journalisme de qualité coûte. Et une industrie qui offre ses produits gratuitement laisse cannibaliser le bon journalisme ». Marché publicitaire en berne Ainsi, à partir de juin prochain, le Times et le Sunday Times, tous deux propriétés de Murdoch deviendront payants : une livre la journée de consultation (environ 1,1 euro) deux pour toute une semaine. L’annonce a été faite par Rebekah Brooks, Pdg de News International, qui a assuré que ce choix sera également appliqué au Sun et à News of the World. Brooks considère qu’il s’agit « d’une étape cruciale pour faire en sorte que le marché de la presse redevienne rentable. Nous sommes fiers de notre journalisme et n’avons pas honte de dire qu’il a une valeur ». Cette vague payante ne se limite pas aux Iles britanniques. Le groupe français Hersant a annoncé que les infos du site arcinfo.ch – qui regroupe les journaux l’Express et l’Impartial- sera payant aux alentours de 2011. Le délégué général du groupe, Jacques Richard justifie ce choix : « le marché publicitaire n’est pas en mesure de couvrir les coûts d’un site Internet (…). Aujourd’hui, personne ne gagne d’argent sur Internet et il faut trouver un moyen de le rendre rentable ». Aux Etats-Unis, le marché de la publicité dans les médias s’est écroulé de 27% en 2009…difficile alors de convaincre les investisseurs. Journaliste anglais de 63ans, vétéran de la BBC, John Humphrys a déclaré le 26 mars dernier au Sun que : « Le bon journalisme se paye, comme l’on paie un plombier pour réparer une fuite d’eau ». Humphrys prétend dépenser chaque année, plus de cinq cents livres dans la presse. Un cas isolé alors que toutes les études démontrent que les gens achètent de moins en moins de journaux. Google fautif Pour beaucoup de patrons de presse, Google a une part de responsabilité dans ce déclin. Murdoch avait déclaré que l’agrégateur Google News gagnait de l’argent en utilisant gratuitement les articles des journaux. Aussi en novembre 2009, le Fédération Italienne de Editeurs de Journaux avait dénoncé Google Italia à l’autorité antitrust en l’accusant d’abus de position dominante, créant ainsi une distorsion du mécanisme de répartition de la publicité en ligne. En Espagne, c’est le Président de l’association espagnole d’éditeurs de presse (AEDE), Antonio Fernandez Galiano qui lâcha la 23 mars dernier que « Google News change complètement les modèles économiques ». Selon lui, « le moteur de recherche profite du travail et de la crise de la presse pour multiplier ses gains publicitaires, en dépit de la loi qui défend les éditeurs contre le fait qu’un tiers puisse gagner de l’argent grâce aux contenus de la presse ». Nouvel âge d’or du journalisme à venir ? Si la presse prend conscience que la publicité seule ne les fera pas vivre, elle sait aussi qu’il faut aller plus loin dans l’évolution que le simple retour au payant. Une partie de la solution se trouve aussi dans les nouvelles technologies. Le journal espagnol El Mundo a lancé il y a deux semaines, un nouveau produit intitulé « Orbyt ». Pour 15 euros par mois, le lecteur reçoit des contenus différenciés et pensés pour des supports comme l’I-Phone, l’I-pad, Tablet, etc. « Les problèmes que la technologie est en train de nous poser, c’est la technologie elle-même qui va les résoudre. Je suis convaincu que tôt ou tard, nous allons vivre dans un nouvel âge d’or du journalisme et que nous recommencerons à embaucher d’avantage de journalistes », a expliqué de façon optimiste Pedro J.Ramirez, directeur d’El Mundo. Nouveaux modèles En France, les initiatives ne manquent pas. Sur Rue89, un pure player créé par des anciens de Libération, on propose au lecteur d’acheter un morceau du mûr numérique, en échange de l’affichage de sa photo ou de son logo. Plus le don est grand, plus l’encadré le sera. La stratégie développée pour amener le lecteur à passer à la caisse volontairement est celui de l’identification à une communauté. Les lecteurs sont ainsi appelés les riverains et créent des comptes personnels pour commenter. Cela rappelle le modèle de l’américain Spot us ou de l’italien You Capital qui sont aussi basés sur le crowdfunding : le financement par la masse en bon français. En clair, le lecteur finance les projets selon ses centres d’intérêts. Selon les mots du fondateur de You Capital, Antonio Rossano, « la plateforme permettra aux journalistes et aux opérateurs du secteur de publier des projets, de recueillir des soutiens et surtout de trouver des financements privés ». Plus classique, misant sur le système d’abonnement, l’ancien journaliste du Monde, Edwy Plenel a créé sur Internet Médiapart, en 2008. Tout y est payant, hormis les blogs. Pour un coût de 9 euros, le lecteur devient aussi membre du « club ». Favorable au journalisme de qualité, Edwy Plenel souligne que son média propose « tous les éléments du contributif actuellement disponible en ligne. C'est l'idée d'un participatif de qualité. Il s'agit pour le lecteur de s'emparer de Médiapart comme un lieu de référence, pour porter lui-même les sujets qui lui importe ». Derrière toutes ces initiatives et tous ces modèles, il faut surtout y voir des tentatives pour freiner la crise que connaît la presse depuis plusieurs années. Mais le défi reste énorme. Comment des modèles payants peuvent-ils s’imposer alors que nombres de concurrents restent gratuits. Si la radio sait vivre presque uniquement de la recette publicitaire, la télévision a, en son temps, développé un double modèle : l’un gratuit et généraliste, financé aussi par la publicité et un autre, payant, personnalisé et spécialisé, en misant sur la différenciation. Francesca Barca Europa451 Alors que les journalistes européens sont une espèce en voie de disparition, voici une vidéo tournée il y a quelques temps par Eux.TV. Evoquant la couverture médiatique de l'UE, deux journalistes britanniques avaient la parole. Le premier considère que le Parlement européen, avec ses deux sièges (Strasbourg et Bruxelles), rend les choses plus difficiles pour les journalistes en raison des coûts que cela engendre pour les rédactions. Pour le second, il existe une différence dans la manière de travailler, entre les journalistes britanniques et les Français. Alors que 80% des premiers tentent de malmener l'UE parfois même en mentant, il considère au contraire que les "frenchies" sont bien trop "révérencieux" envers les institutions, allant jusqu'à faire relire par les Commissaires leurs interviews avant de les publier. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 ![]() La Cathédrale de Strasbourg Droit de réponse. Après la publication hier de la lettre adressée au Président français par l’eurodéputé libérale Jeanine Hennis-Plasschaert demandant la fermeture du Parlement européen à Strasbourg, Europa451 publie un avis contraire. Celui de Bernd Posselt, député européen allemand (conservateur). Selon lui, la vraie place du Parlement est à Strasbourg. Vétéran de la politique européenne, Bernd Posselt ne fait pas parti des 171 eurodéputés qui ont co-signé la lettre adressé au Président de la République française, Nicolas Sarkozy, lui demandant de faire un geste en vue de la fin de la dualité géographique du Parlement européen, en acceptant la fin de Strasbourg. A l’inverse, ce représentant allemand de la Bavière estime que la vraie place des parlementaires est dans la ville alsacienne. Dans un texte en neuf points que Bernd Posselt a communiqué à Europa451, il explique clairement les raisons de sa position, allant jusqu’à demander une chose : le déménagement plein et entier, de toutes les administrations du PE à Strasbourg… Vous trouverez ce texte (en anglais) en pièce jointe à la fin de cet article. Strasbourg, bien plus qu’une ville française Dans les deux premiers points, il tend à démontrer que Strasbourg n’est pas qu’une ville française ou uniquement le symbole de la réconciliation franco-allemande. « C’est dans cette ville que le Parlement, directement élu, a tenu presque toutes ses sessions plénières et où presque toutes les décisions les plus importantes ont été prises. Strasbourg, comme capitale parlementaire de l’Europe n’a donc rien à voir avec l’expression du prestige d’un Etat membre particulier ». C’est aussi dans les mûrs de Strasbourg que furent accueillit tous les opposants aux régimes communistes d’Europe Centrale et Orientale. « Le 2 mai 2004, le lendemain du plus grand élargissement de l’histoire de l’UE, Lech Walesa (ndla : premier Président polonais non communiste, leader de Solidarnosc) a déclaré que Strasbourg incarne l’idée de paix et de liberté pour tout le continent ». Sur un plan plus légal, il rappelle à juste titre que les Traités ont longtemps été très flous quand au siège réel du Parlement. Mais que depuis les années 90, c’est officiellement et uniquement Strasbourg. Ce ne sont que les aléas des négociations et concessions aux Belges qui ont permis au Parlement de tenir de mini-sessions à Bruxelles. Déménagement illégal A ceux qui se plaignent des voyages entre les deux villes, il tient à rappeler une chose : « La transhumance mensuelle n’existe pas. L’immense majorité des députés se rend chaque semaine dans sa circonscription, à Strasbourg ou à Bruxelles ». Autrement dit, qu’elle différence entre un Vilnius Bruxelles ou un Vilnius Strasbourg ? Quant à la facilité de voyager jusqu’à Strasbourg, Bernd Posselt est aussi clair : entre le TGV, l’avion, le tram et les nombreuses interconnexions à venir, Strasbourg est au cœur de l’Europe. Reconnaissant que l’administration doit, elle, se déplacer, il ajoute « Elle pourrait s’installer à Strasbourg, au lieu de Bruxelles. N’oublions pas que selon le Traité, le Secrétariat général à son siège à Luxembourg et non à Bruxelles. Ce déménagement n’est ni plus ni moins qu’illégal selon les Traités ». Autre avantage qu’une localisation totale à Strasbourg offrirait au PE, c’est sa plus grande visibilité au lieu d’être mélangé à la Commission lorsque les médias parlent de Bruxelles, et une plus grande indépendance dans son travail. Intensifier le travail pour économiser Un des arguments les plus en vogue et dont la lettre de Jeanine Hennis-Plasschaert fait mention est celui du coût d’avoir un double siège. Cet argument, Bernt Possert le prend au mot. « Les coûts pourraient être réduits de façon spectaculaires et les parlementaires pourraient même passer plus de temps dans leur circonscription, si nous avions de vraies sessions de 5 jours (ndla : actuellement les députés arrivent le lundi midi et repartent le jeudi après-midi, soit trois jours effectifs) (…) et si nous éliminions les 6 mini-plénières coûteuses et inutiles à Bruxelles. Nous pourrions aussi concentrer les Commissions et Réunions de groupes, une à deux semaines maximum avant chaque session ». Une telle mesure serait ainsi très valable pour les députés venant des régions éloignées de l’UE comme les Finnois ou les Andalous mais pourrait compromettre les week-ends de ceux qui rentrent chez eux. Bruxelles, hors de prix Autre problématique liée à l’argent, la nécessité d’entretenir deux bâtiments. La réalité des chiffres semblent pourtant donner raison à Strasbourg dont « le siège a couté 446,5 millions d’euros au PE, ce qui étant donné l’emplacement et la taille de l’édifice - il comprend 185 331 mètres carrés, 1138 bureaux, 38 salles de réunion, la plus grande salle plénière en Europe et un garage avec 1200 places – est certainement un bon investissement. En comparaison, la Session plénière du bâtiment "Paul-Henri Spaak», avec seulement 80 499 mètres carrés, 573 bureaux, 22 salles de réunion et un bien plus petit hémicycle coûte 600,2 millions d'euros. Le prix du mètre carré à Strasbourg est donc 60% moins cher qu’à Bruxelles, ville où il n’y a plus de place ». Bruxelles aurait donc tout fait au fil du temps pour attirer les institutions en son sein. Quitte à détruire tout un quartier et à construire un bâtiment pour le Parlement, bien plus cher que celui de Strasbourg, pour moins d’espace. Une minorité active contre une majorité silencieuse ? Si toutes les initiatives ont pour le moment échoué, il y a pour lui une raison simple : « Ils n’ont jamais eu de majorité dans le Parlement (…).Beaucoup d'Allemands, mais aussi des parlementaires de Pologne, de Slovaquie, de Hongrie, de Roumanie, de Bulgarie, du Luxembourg, d’Autriche et d’autres nations sont de bien plus grands défenseurs de Strasbourg que certains députés français. Je pense qu’il y a un fort attachement de la part des parlementaires envers Strasbourg, mais tout le monde ne le fait pas ouvertement. Aussi, ce soutien augmente au fur et à mesure d’une législature, quand les nouveaux élus appréhendent mieux les réalités ». Mais alors qui sont les détracteurs de la ville alsacienne ? « La plupart du temps, ce sont des néerlandais, des libéraux allemands, des eurosceptiques et des Européens du Nord ». Jean-Sébastien Lefebvre Europa451
![]() Le débat n’est pas nouveau. Bruxelles doit-elle devenir le seul siège du Parlement européen permettant ainsi d’éviter la navette mensuelle vers Strasbourg ? Une lettre ouverte allant dans ce sens vient d’être envoyée par Jeanine Hennis-Plasschaert, eurodéputée libérale néerlandaise au Président de la République française, Nicolas Sarkozy. C’est un vieux rituel, les députés européens doivent se rendre au moins une fois par mois à Strasbourg pour voter les textes législatifs. Si l’essentiel du travail de préparation et de rédaction est réalisé en commissions et réunions de groupes à Bruxelles, les textes du Traité font toujours de la ville française, le siège du Parlement européen. Depuis plusieurs années, des députés demandent l’arrêt de cette transhumance mensuelle. Dernière initiative en date, l’envoi d’une lettre au Président de la République française, Nicolas Sarkozy par l’eurodéputée libérale néerlandaise Jeanine Hennis-Plasschaert. Europa451 s’est procuré les documents que vous trouverez en pièce jointe de cet article. Il est demandé (en anglais) au Président français de prendre conscience du gâchis en argent que cela représente, en particulier au niveau symbolique :
Cette initiative est supportée par 171 autres députés, qui ont co-signé la lettre, soit un peu moins d’un quart des parlementaires (la liste est aussi disponible en pièce jointe). Une copie de la lettre a aussi été envoyée à Herman Van Rompuy, le Président du Conseil européen. Les argumentes évoqués sont communs : Strasbourg couterait cher (environ 200 millions d'euros par an, en frais de déplacements et entretien), serait mauvais pour l'environnement (émissions de Co2 résultant des déplacements), les députés perdraient du temps qui leur est précieux et finalement, tout se passerait réellement à Bruxelles. De plus, le symbole de la réconciliation franco-allemande ne suffirait plus pour maintenir ce luxe, dans une Europe à 27 qui au contraire devrait lutter contre le gaspillage et l'aspect technocratique ressenti par les citoyens. Est-ce vraiment uniquement la France ? Pourquoi interpeller Nicolas Sarkozy sur ce sujet ? Car la France est perçue comme l’unique pays faisant obstruction au siège unique du Parlement européen à Bruxelles, changement qui nécessite une modification du Traité et donc l’unanimité. S’il est vrai que Paris s’est toujours montré récalcitrant à l’idée de perdre le PE (pour des raisons symboliques mais aussi économiques), un autre pays verrait de mauvais augures le siège unique à Bruxelles. Le Luxembourg, en effet, profite de deux façons de la décentralisation des institutions européennes. En premier lieu par le passage sur son territoire de nombreux fonctionnaires européens, transitant entre Strasbourg et Bruxelles et qui achètent en quantité alcools, essence et cigarettes, moins chers qu’en Belgique. Et surtout, en accueillant encore des administrations du Parlement européen. Si Bruxelles devient l’unique ville du Parlement, ces bureaux risquent aussi, un beau jour de migrer vers le nord. Le sujet reste donc sensible mais est relancé régulièrement. Lors de la Présidence suédoise, la question avait été posée par un journaliste. Cécilia Malmström, ministre suédois des Affaires européennes à l’époque (aujourd’hui Commissaire des affaires intérieures) avait botté en touche : pas question de toucher à ce dossier. Un autre argument avait fait apparition durant l’été 2008, quand le toit de l’hémicycle s’était effondré (sans faire de blessés, vacances parlementaires obligent) : Que disent les autres députés ? Un certain nombre de députés font donc la promotion du siège unique. Comme ce représentant britannique : Ou d’autres qui sont allés jusqu’à lancer des dizaines de tracs dans le vide lors d’une session à Strasbourg : Derrière cette activité militante, qu’en est-il des 75% n’ayant pas signé la pétition ? N’ont-ils pas d’avis ou sont-ils favorables à cette dualité géographique ? Selon nos sources, l’initiative de Jeanine Hennis-Plasschaert n’a pas fait l’unanimité sur le fond et aurait provoqué un débat dans les rangs des parlementaires (et pas uniquement chez les Français). Nous publierons leurs arguments dès que nous obtiendrons une réponse à nos emails/questions. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451
Journalistes à Bruxelles ? Rien de nouveau 15/03/2010
![]() Flickr @EuropeanParliament La nouvelle s’est rapidement répandue comme une trainée de poudre dans le milieu européen : le nombre de journalistes présents à Bruxelles est en chute libre. De 1300 à 752 entre 2005 et 2010. Avoir un journaliste à Bruxelles ? Quelle drôle d’idée. Les chiffres de la Commission européenne sont sans appel. En 2005, les journalistes accrédités UE étaient 1300. Cinq ans plus tard, il n’en reste que 752. Triste à apprendre quand on pense qu’avec le nouveau Traité de Lisbonne, l’Union européenne n’a jamais eu autant de compétences. Surtout son Parlement. Une normalisation Centre/Est européenne Les médias déserteraient donc Bruxelles en masse. Avant de s’engouffrer dans la brèche de la « non information européenne », relativisons un peu. En reprenant les chiffres de 2004, nous pouvons dénombrer 131 Allemands, 56 Français, 97 Britanniques, 64 Espagnols et 65 Italiens. En 2010, les chiffres sont les suivants : 132 Allemands, 56 Français, 98 Britanniques, 63 Espagnols et 63 Italiens. Un chef d’œuvre de stabilité. Seule explication possible : la chute vient principalement des nouveaux entrants et des pays hors UE. Les chiffres de 2005 sont donc à remettre dans un contexte : celui post-2004 et du grand élargissement vers l’Est. Tout cela ne serait alors qu’une normalisation de la situation. L’euphorie et l’europhilie qui régnaient à cette époque dans ces pays ont poussé les rédactions à envoyer de nombreux journalistes. Cinq ans après, tout cela est retombé, et beaucoup sont rentrés chez eux. Pourquoi ? Car la presse de ces pays se comporte maintenant comme celle des anciens Etats membres. Bruxelles ? Ah oui c'est vrai... L’effet pervers Reste que cette nouvelle n’est pas non plus de bon augure. Car elle démontre que peu importe la motivation originelle des journaux, l’information européenne finit toujours à la trappe. Les raisons sont multiples. Derrière les problèmes financiers que connaissent les journaux, se met en place une stratégie de survie consistant à s’intéresser de plus en plus au local au détriment du global, à miser sur l’émotionnel à la place de l’institutionnel. Conséquence de quoi, l’information en provenance de Bruxelles, très peu locale et très peu émotionnelle, en fait les frais. Et finalement, pourquoi avoir un journaliste à Bruxelles ? Les institutions européennes avec leur stratégie de communication du « tout sur Internet » et « du communiqué de presse bien cadré et à gogo » sont en grande partie responsables de cette chute vertigineuse. Alors que ces outils ont été mis en place pour faire en sorte que les journaux parlent de l’UE (tout comme le projet Euranet par exemple), ils ont produit l’effet inverse : ils ont favorisé le développement du desk-journalism ou journaliste assis. Le journaliste spécialisé sur les questions européennes serait donc capable de travailler sans bouger de son bureau…alors qu’il le fasse depuis Bruxelles, Paris, Berlin ou Bangkok, quelle différence ? Quand un chef de rédaction doit couper dans le budget de fonctionnement, cela fait son effet, au détriment de l’importance d’être sur place, du contact humain, des relations et réseaux. Ainsi, malgré tous les efforts de l’UE, l’information européenne ne représente souvent que 3% des news d’un espace médiatique d’un pays pour 20% pour l’information internationales (guerres, catastrophes) et 60/75% pour les affaires intérieures. Défaite par KO. Le consensus, ennemi des journalistes Dernier élément à relever : le fameux leitmotiv « l’UE c’est chiant ». Si cette phrase n’a jamais été démontrée scientifiquement, et même infirmée par des sondages démontrant que les citoyens voudraient mieux comprendre ce qu’il se passe en Europe (même si leur motivation à le faire peut être remise en question), il faut noter que l’atmosphère politique régnant à Bruxelles n’aide pas toujours les journalistes à faire leur travail ou à vendre des papiers. Le fameux consensus européen n’offre pas aux opinions publiques l’occasion de débattre et les exemples récents le démontrent : réélections de Barroso, nomination de Van Rompuy et Ashton. Seuls les coups d’éclat du Parlement européens pourraient changer la donne comme avec Swift. Mais son importance symbolique est encore trop faible et le consensus droite/gauche trop fort. Lorsque Jeleva fut malmenée, si des articles étaient bien publiés, ils étaient relégués en bas de page, la Une était monopolisée par le séisme à Haïti. Une affaire similaire au niveau nationale, concernant un ministre n’aurait pas connu le même sort. Mais sans débat véritable, que faire ? Ou plutôt qu’écrire ? A Bruxelles, rien de nouveau. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 ![]() Flickr @Tonio Vega Les Français vivant à l'étranger ont le droit de faire ce qu'il s’appelle une "procuration de vote". Selon le site du Ministère des Affaires Étrangères, celle-ci doit être fait dans un délai raisonnable avant le vote pour permettre son acheminement à la commune du citoyen. Mais c'est quoi un délai raisonnable pour une administration ? L'un des membres d'Europa451 vit à Bruxelles depuis quelques mois sans être inscrit sur la fameuse liste des Français de l'étranger. Pourquoi ? Car la dernière fois qu'il l'a fait (pour son dossier fiscal), il a eu quelques déboires au moment de le faire revenir dans le circuit normal, c’est-à-dire, celui des Français vivant en France. Et une question très européiste peut aussi être posée : Bruxelles, est-ce l'étranger ? C’est donc lundi dernier (soit une semaine avant le scrutin des Régionales), qu'il se rend à l'ambassade de France pour remplir un formulaire de "procuration de vote", donnant la responsabilité à l'un des membres de sa famille de glisser son bulletin dans l'urne. Dix minutes de gribouillis administratifs et un recommandé (précision: au nom de la Mairie de sa circonscription électorale) plus tard, il tend fièrement ses papiers au fonctionnaire en charge. Se souvenant qu'un autre ami doit aussi faire la même démarche, il débute un dialogue un peu plus élaboré que le traditionnel "remplissez et signez là". e451 : « Quelle est la date butoir pour les procurations ? Fonctionnaire : Pourquoi cette question ? Vous venez de le faire e451 : C'est pour un ami dans la même situation que moi. Il est en Belgique, mais vote encore en France. Fonctionnaire : Il peut venir mais c'est déjà trop tard de toute façon. e451 : Trop tard ? Fonctionnaire : Oui pour les procurations, c'est au moins 3 semaines à l'avance. Donc la votre, elle va partir avec le courrier d'aujourd'hui, mais elle n'arrivera pas pour dimanche et le premier tour, ça c'est sûr. Si vous avez de la chance, peut-être pour le deuxième. e451 : Mais pourquoi cela ? Une lettre ne met pas trois semaines pour faire Bruxelles-Une ville en France. Fonctionnaire : Car ça doit d'abord être envoyé au Ministère des Affaires étrangères (MAE), qui fait le tri et l'envoie à votre mairie. e451 : Mais pourquoi me laisser la remplir alors ? Fonctionnaire : …(haussement des épaules) ». CQFD... Dépité et désabusé par ce dialogue tout droit sorti de Kafka, le membre d’e451 vérifia sur le site Internet du ministère de l'Intérieur ce qu’il est dit sur les procurations à l’étranger : Si la procuration est établie à l'étranger pour un vote en France, c'est l'ambassade ou le poste consulaire qui se chargera de la faire parvenir à la commune d'inscription du mandant. La démarche doit être effectuée suffisamment tôt pour que le formulaire de procuration parvienne à la commune avant le jour du scrutin. Il n’est donc précisé nulle part que les procurations doivent faire un détour par Paris, avant d’arriver chez soi. Surtout, à quoi cela sert-il de passer par le MAE ? Le ministère n’a aucune compétence en matière de vote. Un allé-simple-et-direct vers les mairies n’est-il pas possible ? De plus en plus de personnes, surtout jeunes, partent vivre aux quatre coins de l'Europe pour des durées relativement courtes ou sans la certitude de rester sur le long terme. De ce fait, s'inscrire sur le registre des Français de l'étranger peut paraître une bien grande procédure pour si peu. Ne serait-il pas alors envisageable de simplifier le chemin que doit parcourir une procuration de vote ? Surtout que cela pourrait aussi économiser du travail à des fonctionnaires du MAE qui doivent avoir autre chose à faire. L’administration répondra que qu'il faut s'y prendre à temps. Soit, ça je peux le reconnaître, mais cela ne m'explique pas l'utilité du détour par Paris, la non-information sur le site du ministère et le silence du fonctionnaire, qui ne m'aurait rien dit si je ne lui avais pas posé la question (le Monsieur avant moi par exemple, fait parti des gens qui croit pouvoir voter dimanche). Car à l'inverse, lors des élections européennes de 2009, j’avais cette fois fait ma procuration dans ma ville même, six mois avant, lors de mon passage à Noël. Très en avance. Tellement que j’avais dû expliquer à la personne au guichet du Commissariat de Police qu’il y avait des élections européennes en juin 2009 (dialogue très surréaliste aussi). Résultat ? Le jour du vote, ma procuration avait été perdue et ce n’est que grâce au harcèlement et quasi-menaces de la part de la personne qui devait voter pour moi, que j’avais pu exprimer ma voix démocratique. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 ![]() Cela deviendrait presque une nouvelle forme d'opposition et de protestation : le lancer de chaussure. Dernière victime en date : le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan lors d'une visite officielle en Espagne, le 21 février dernier. L'auteur est un jeune kurde syrien de 27ans. Son avocat a déclaré que son geste « était un exemple d’action inappropriée qui ne se serait pas produite si en Turquie brillait la démocratie et un minimum d’engagement pour un processus de paix et les droits de l’Homme ». Le 21 février dernier, le Premier ministre turc, Recep Tayyop Erdogan était en visite officielle en Espagne. Dans la soirée, alors qu'il rejoignait sa voiture, une chaussure a été lancée dans sa direction, le manquant de peu. Son auteur, rapidement arrêté par la police était un jeune kurde syrien, voulant dénoncer la répression contre son peuple en Turquie. Insulte ou agression ? La même semaine, l'ancien Premier ministre espagnol José Maria Aznar n'avait pas hésité à effectuer un bras d'honneur en réponse à un public d'étudiants qui le traitaient de "terroriste" (en référence aux mensonges au lendemain des attentats de Madrid en 2004 et la guerre en Irak). L'avocat du jeune kurde, Luis Ocaña, spécialisé dans les droits de fondamentaux, en liant les deux affaires, regrette ainsi que "l'un soit détenu sans caution possible et isolé, tandis que l'autre non". Pour lui, jeter une chaussure contre quelqu'un ne devrait pas être considéré comme une tentative d'agression mais comme une insulte. "Ce geste symbolique" se justifierait "en tant que protestion contre une situation de violation brutale et systématique des droits de l'Homme contre un peuple de 40 millions de personnes". Ceci dit, tous les systèmes juridiques occidentaux se fondent sur la distinction qualitative entre intégrité physique et intégrité morale. Frapper quelqu’un d’un coup de poing sur la figure et lui briser un os, est bien plus durement sanctionné que d'insulter la génitrice d'une personne en public, que l’on soit en Espagne, au Canada, au Vénézuela ou en Turquie. Pourtant pour Luis Ocaña, une différenciation est à faire dans l'intention : lancer une chaussure n'aurait pas pour but de blesser physiquement. « Je ne le qualifierais pas de tentative d’agression, car une chaussure n’est pas une arme et n’est point susceptible de faire du mal à quelqu'un », argumente Luis Ocaña. Encore que si une main n'est pas une arme, un poing peut provoquer des blessures et être considéré par la Justice comme une agression. Les juges vont devoir faire des heures supplémentaires pour analyser en toute équité cette affaire qui nous rappelle d’autres situations similaires. Par exemple, celle du public qui jette des tomates ou des légumes contre les acteurs de théâtre dont il veut dénoncer une performance médiocre. Ou bien les fameuses attaques à la tarte à la crème dont sont parfois victimes les stars ou personnalités politiques. Le Kurdistan à la trappe « Le fait d’être kurde va lui porter préjudice. N’importe quel espagnol qui aurait agi de la sorte serait aujourd’hui en liberté et, tout au plus, serait jugé pour une simple faute. D’ailleurs, l’ancien chef du gouvernement espagnol, Aznar, qui avait montré le doigt majeur il y a dix jours a des étudiants, n’a pas été arrêté, jugé ou envoyé en détention provisoire, tandis que le comportement est analogue », explique l’avocat. Sans le vouloir, Ocaña oublie que l’objet de l’attaque est, en outre, un ancien premier ministre. «Jeter une chaussure contre quelqu’un n’est pas approprié, mais cela reste proportionnel à la situation qu’endure le peuple kurde et au manque d’option qui leurs sont laissées pour s’exprimer », commente Ocaña. La région du Kurdistan est divisé entre la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran. À travers l’action politique et militaire, différents partis et guérillas kurdes exigent un droit à l’autodétermination, et ce depuis 1806. Ce droit leur serait reconnu, selon plusieurs experts, par les résolutions 2625 et 1415 de l’ONU, ainsi que par le Traité de Sèvres, signé en 1920, après la défaite de l'Empire Ottoman lors de la Première Guerre Mondiale. Les intérêts stratégiques pèsent bien plus que ces désirs d'indépendance. Le Kurdistan regroupe la plupart des réserves de pétrole de l’Iran, l’Irak et la Syrie. En outre, le principal parti indépendantiste, le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) figure sur la liste internationale des organisations terroristes élaborée par l’Union Européenne, les États-Unis et la Turquie. Dernier acte symbolique en date : sur le sol italien, le 26 février dernier, la police a démantelé une organisation sensée recruter et dresser des jeunes kurdes pour devenir des guérilléros du PKK. Direction la Syrie ? Pour le défendre, en plus de son avocat, l'auteur de "l'insulte" - ou de "l'agression" - a reçu le soutien de la communauté kurde espagnole et de nombreuses ONG de défense des droits de l'Homme. Installé en Espagne depuis 2005, sans papiers mais travaillant comme serveur ou videur, son passeport syrien venait de lui être retiré alors qu'il débutait une procédure en vue de l'obtention d'un permis de résidence "pour cause d'enracinement social". Selon son avocat, "il respecte tous les critères établis par la loi espagnole". A l'inverse, la Police a demandé au juge de commuter son éventuelle peine de prison en expulsion vers son pays d'origine, la Syrie. Pour Luis Ocaña, les cas des Kurdes démontrent qu’en Europe « les juges ont encore des maîtres et appliquent souvent la doctrine pénale de l’ennemi. L’UE devrait exceller dans la défense inconditionnelle des droits de l’Homme au niveau interne et externe ». Fernando Navarro Sordo Europa451 Le soldat Luxembourg se rebiffe-t-il ? 01/03/2010
![]() Flickr / oaø Pour beaucoup d'analystes, la nomination récente du Portugais Vito Constancio au poste de vice-président de la Banque Centrale Européenne (BCE) a ouvert une voie royale à l'Allemand Alex Weber en tant que successeur du Français Jean-Claude Trichet. Sauf qu'un autre Jean-Claude, Juncker cette fois, ne semble pas de cet avis. Au nom d'un certain équilibre des provenances (une sorte de quotas à l'européenne mais au final très peu européiste), les nominations à la tête des institutions européennes sont plus ou moins prévisibles. Par exemple, si un Portugais préside la Commission, il y a peu de chance pour qu'un de ses compatriotes siègent dans le plus haut fauteuil du Parlement européen. Et pour la BCE, malgré sa toute grande indépendance, c'est pareil. Souffler n'est pas jouer En 2011, le Français Jean-Claude Trichet quittera ses fonctions de Président de la Banque Centrale Européenne. Le candidat favori à cette succession est depuis longtemps l'Allemand Alex Weber, l'actuel Président de la Banque Centrale d'Allemagne. Sa spécialité ? La lutte contre l'inflation comme tout bon économiste germanisant qui se respecte. Ainsi, quand à la mi-février, le Portugais Vito Constancio fut désigné au poste de Vice-président de l'institution monétaire européenne, les pronostics semblaient joués d’avance : un homme du sud à la vice-présidence signifie un homme du nord/centre à sa tête. Sauf qu'une déclaration troublante est venue s'ajouter à la petite musique. Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui préside l'Eurogroupe, a déclaré sur radio Deutschlandfunk que "l'Allemagne va devoir se battre" pour obtenir le poste de président", tout en dénonçant un calcul "de courte vue. (…) Je ne plaiderai pas à tout prix pour que l'Allemagne obtienne le poste de président de la BCE." Le message a le mérite d'être clair : ce n'est pas gagné pour Berlin. Faux suspens ou vraie rébellion ? Reste à savoir pourquoi Juncker a lancé un tel pavé dans la mare, alors même que la Chancellerie allemande reste prudente, ne voulant pas précipiter les choses. Si certains peuvent y voir juste une tentative pour conserver le suspens jusqu’au bout, la possibilité est tout autre. Depuis plus d’un an, le Luxembourg a été l’allié fidèle de l’Allemagne sur l’ensemble des dossiers européens sans rien récolter en retour. Quand à l’automne 2008, en pleine crise financière, la France a proposé la mise en place d’un plan de relance européen, Juncker a soutenu la position allemande du chacun pour soi. Un an plus tard, lors des tractations autour du futur « Président de l’Union européenne », c’est encore le Luxembourg qui a « flingué » la candidature de Tony Blair au nom de Berlin. Et les positions des deux pays sont toujours communes au sein de l’Eurogroupe. En échange de tout ce soutien, le vétéran de la politique luxembourgeoise (il gouverne son pays depuis 1995) espérait obtenir un poste au sein des institutions européennes. En particulier celui de Président du Conseil européen. Pour preuve, quelques temps avant la réunion des chefs d’Etats et de gouvernements européens en novembre 2009 qui désigna Herman Van Rompuy à ce poste, il délégua ses fonctions de ministre des finances à son dauphin Luc Frieden. Ainsi il était libre de partir rapidement pour Bruxelles. Mais finalement, l’opposition de Nicolas Sarkozy à la candidature de Jean-Claude Juncker et le peu d’entrain d’Angela Merkel pour lui forcer la main ont eu raison des ambitions de cet Européen convaincu. Et pour la Banque Centrale Européenne, même chose : le candidat luxembourgeois, Yves Mersch a été écarté de la vice-présidence pour laisser la possibilité à l’Allemagne d’obtenir la présidence d’ici un an. Deuxième revers en moins de six mois. Quelles conséquences ? Il est vrai que Juncker préside toujours l’Eurogroupe et cela depuis cinq ans, mais il aspirait à autre chose. A la fois pour lui : bien que gouvernant depuis 15ans, il n’a que 55ans et espérait une deuxième carrière à Bruxelles. Mais aussi pour son pays qui n’a plus besoin de prouver son engagement pro-européen et son sérieux. Le Grand-Duché était, avant la crise, un des derniers pays à respecter les critères de Maastricht. Celui que les journaux satiriques luxembourgeois surnomment « Bokassa » laisse donc planer le doute par sa déclaration. Soit pour faire pression en vue d’obtenir autre chose (mais quoi ?) ou pour signifier clairement que le soutien quasi-permanent à l'Allemagne, sans retour, c’est fini. Que faire alors ? Se tourner vers la France ? L’animosité personnelle entre Jean-Claude Juncker et Nicolas Sarkozy risque de réduire à rien un possible rapprochement, les pays ayant aussi des pratiques financières et économiques très différentes. Quant au Bénélux, entre des Pays-Bas sans gouvernement et une Belgique minée par des années de crises politiques et querelles linguistiques, il est affaiblit. Tout cela ne laisse au final que peu d’alternativeau Luxembourg. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 | ArchivesJanuar 2012 Europa451?
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