Alors que le mouvement des indignés s'est manifesté dans de nombreux pays européens, il est resté lettre morte en Allemagne. Un parti porte cependant de nombreuses revendications du mouvement en Allemagne, et avec succès. Il s'agit du Parti Pirate, qui vient d'entrer au Parlement berlinois avec 8,9% des voix. L'Allemagne, première puissance économique européenne, au chômage de 7,0%, est considérée par beaucoup d'observateurs comme un exemple à suivre ou, du moins, comme une société qui « fonctionne », volontiers présentée comme l'antithèse des pays surendettés. Pourtant, comme l'a rappelé The Guardian début août, les inégalités n'y font que croître sur l'autel de la compétitivité. La raison principale est liée à l'exportation, pilier du modèle allemand, soutenue par une politique salariale dégressive, depuis le moitié des années 90. De quoi s'indigner. Les Pirates l'ont bien compris et s'engagent pour une salaire minimum tout branches confondues, comme les indignés grecs manifestent pour des politiques efficaces contre le chômage. A l'instar des indignados espagnols du mouvement ¡Democracia real YA! (Un réelle démocratie maintenant !), les Pirates allemands veulent une démocratie participative et, surtout, transparente, où les citoyens puissent être informés, à tous les niveaux, des décisions prises, de la distribution des fonds publics. Aux côtés d'organisations de la société civile, ils ont par exemple déjà mené à bien une campagne pour un référendum d'initiative populaire sur les contrats de privatisation de la compagnie des eaux berlinoise. Les dividendes disproportionnés fixés dans ces contrats furent ainsi révélés. Le Parti pirate lutte ainsi contre la collusion des acteurs de l'économie et de la politique, contre la corruption, cheval de bataille des indignés à travers l'Europe. Ils pratiquent aussi une forme d'honnêteté intellectuelle que l'on ne connaît plus des partis traditionnels et que les indignados voudraient revoir en politique. Lors de la campagne électorale berlinoise, le candidat pirate reconnaissait ouvertement ne pas être au point sur certains sujets, une concession qu'aucun politique professionnel ne ferait, tant il se sent obligé de paraître sans faille, langue de bois à l'appui. Mais la façade lisse et convenue du politique traditionnel ne convainc plus, le héros imbattable n'est pas crédible. Ou est-ce que les politiques seraient des Chuck Norris dans l'âme ? Au delà de ses thèmes fondateurs comme les droits d'auteur et la neutralité du net, le Parti Pirate s'engage, comme les indignés, pour l'émergence d'une vrai démocratie, plus participative, plus proche du citoyen. Ce fond commun se retrouve donc défendu de différentes manières, inhérentes aux culturelles respectives. Si les indignés ne sont pas apparus en Allemagne dans le style « méditerranéen », c'est que la manifestation est une forme de participation démocratique plus ancrée culturellement en Espagne ou en Grèce qu'outre-Rhin. On y mise par contre plus volontiers sur l'institutionnalisation que l'on évite ailleurs, mais qui, en Allemagne, peut porter ses fruits. A voir, maintenant, si les Pirates pourront concrétiser leur élan au Parlement et s'ils vont connaître le même succès ailleurs en Allemagne. Sergio Marx Add Comment Le Premier ministre britannique David Cameron et le Président français Nicolas Sarkozy était la semaine dernière en visite officielle en Libye pour soutenir le nouveau gouvernement en place... et se faire encenser en libérateurs. Un rendez-vous de Tartuffes, ces anciens amis de Mouammar Kadhafi, qui l'ont renversé sans même respecter les règles. L'appel de Nicolas Sarkozy pour la paix, la liberté et la démocratie pour la Libye, lancé jeudi dernier à Tripoli et à Benghazi, sonne creux. En effet, pendant des années la France et le Royaume-Uni, alliés aujourd'hui contre Kadhafi, ont toléré voire soutenu, faut-il le rappeler, le régime qui vient de disparaître. Mouammar Khadafi fut reçu en grande pompe à l'Elysée en décembre 2007. David Cameron n'en fit pas autant, et pour cause. L'attentat de Lockerbie, commandité par les Libyens, pèse toujours sur l'opinion britannique. Mais suite au retour en grâce du dictateur libyen dans les années 2000, le Royaume-Uni a finit par libérer prématurément l'auteur de l'attentat, en août 2009, pour des raisons de santé officiellement. L'UE coopère, elle, dès 2003 avec le régime sur des questions d'immigration. Ces amitiés ne s'arrêtent pas là. Jusqu'à la chute du régime, Tripoli exportait 80% de son pétrole vers l'Europe. La France était destinataire de 10% du total des exportations, le Royaume-Uni, 5%. Les grands de ce monde semblaient ravis du colonel Kadhafi. Et ce même jusqu'en février 2011 où le FMI louait encore les réformes économiques libyennes. On est bien loin d'une attitude hostile, les gouvernements des pays respectifs ne trouvant rien à redire à ces affaires. Pas d'appel au boycott du pétrole libyen. De plus, certaines révélations récentes montrent à quel point les Occidents ont aider le régime dans ces mesures antidémocratiques. Selon les révélations du Wall Street Journal et du Figaro, l'entreprise française Bull et des militaires à la retraite français auraient contribué à l'appareil sécuritaire libyen à partir de 2008. D'anciens militaires français se sont donc rendus à Tripoli pour vendre leur produit de monitoring, ont participé à son implémentation et à son entretien au sein du réseau libyen. Le système de surveillance devait permettre de reconnaître de potentiels dissidents en violant leur vie privée. Pas de condamnation, à l'époque, de la part du gouvernement français des activités de cette entreprise. La résolution 1973 de l'ONU fait prendre soudainement conscience à Nicolas Sarkozy de la vrai nature du régime Khadafi. La France prend alors les devants, diplomatiquement comme militairement. Sarkozy invite des représentants des rebelles à l'Elysée, il est le premier à reconnaître le Conseil National de Transition (CNT). Une rapidité qui se voit récompensée. Selon les révélations de Libération, les CNT aurait indiqué dans une lettre au Qatar avoir promis aux Français 35% de la production de pétrole libyen, une fois au pouvoir. En effet, le Qatar est lié depuis le début de la rébellion aux insurgés. Agissant comme intermédiaire entre les rebelles et Paris et Londres, l'émir du Qatar Hamad bin Khalifa al-Thani a été invité à la conférence sur le futur de la Libye qui s'est déroulée à Paris début septembre. Rappelons que le Qatar n'est pas une démocratie, il n'y existe aucun parti politique, mais une monarchie absolue, régie par la loi islamique, sans séparation des pouvoirs. De nombreuses ONG condamnent le manque de respect de libertés fondamentales dans ce pays. Etrange allié dans la lutte pour la liberté et la démocratie. Militairement, Sarkozy a pris également les devants sans respecter les règles. Au cours des quelques mois de combats, la mission de l'OTAN dirigée par la France et le Royaume-Uni a dépassé allégrement le mandat de la résolution 1973 de l'ONU qui prévoyait de s'en tenir à la protection des populations civiles. Le ministre des affaires étrangères français Alain Juppé l'a admit dès fin août, la France a envoyé des instructeurs et des armes sur le sol libyen. L'intervention en Libye est le triste révélateur du manque de scrupules et de l'opportunisme à peine voilé qui régissent les relations internationales. Les professions de fois démocrates des dirigeants européens n'engagent que ceux qui y croient et semblent plutôt annoncer l'ouverture de nouveaux marchés à nos économies en ralentissement qu'être la preuve d'une réelle pensée démocratique. Le franc suisse est surévalué depuis des mois. La Banque nationale suisse (BNS) s'est dite prête, aujourd'hui, à acheter des devises en « quantité illimitée » pour assurer un taux plafond de 1,2 francs pour un euro. Un soulagement pour des centaines de milliers de Polonais et Hongrois, détenteurs de crédits en francs, pour qui les mensualités devenaient un supplice. En effet, la constante augmentation du franc suisse depuis un an n'a pas seulement handicapé les exportations suisses, elle a aussi fait s'accroître considérablement les mensualités de nombreux propriétaires d'Europe centrale ayant souscrit des emprunts en franc. Les taux avantageux proposés par les banques suisses au début des années 2000 ont été décisifs. Aujourd'hui, la cherté du franc est devenu pour beaucoup intenable. Un quart des 1,22 millions d'hongrois détenteurs de crédit en francs sont en retard de paiement, alors qu'en Pologne, la moitié des crédits immobiliers sont libellés en francs suisses. Ces remboursements rendent les fins de mois de plus en plus difficiles et pénalisent l'économie locale. Les pays affectés ont adoptés des mesures pour alléger les détenteurs de crédit, en vain, le franc continuait de monter. Si de nombreux experts se sont réjouis de la décisision de la BNS. Certains restent encore sceptiques et sur la défensive : « Combien de temps est-ce que la Banque nationale suisse va pouvoir tenir ?», se demande-t-on à Varsovie. | ArchivesJanuar 2012 Europa451?
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