![]() "Daniel Cohn-Bendit, le leader étudiant photogénique du Mai 68 parisien, et qui est de surcroît le co-président du Parti Vert européen, sautait de bonheur hier dans les couloirs annexes à la salle de presse du Parlement, entouré de journalistes". "Excité comme un gamin qui vient de tout gagner aux billes dans la cour de l’école, il racontait les détails stratégiques de la dernière victoire parlementaire des Verts : un amendement au Paquet Télécommunications pour éviter de sanctionner sans passer par une autorité judiciaire les internautes soupçonnés de téléchargement illégallement sur Internet. Il s’agit de l’Amendement Bono, soutenu contre toute attente par 407 eurodéputés presque tous issus des Verts, Socialistes, Libéraux et de la Gauche unitaire. Les conservateurs, ou bien se sont abstenus, ou bien ils ont voté contre. « Un jour historique pour la démocratie européenne et une claque pour Sarkozy », clamait hier Guy Bono, le socialiste promoteur de cet amendement qui a bénéficié du soutien et du punch populaire de l’écologiste Daniel Cohn-Bendit. » STOP retour en arrière Oubliez ce que vous venez de lire. Les paragraphes précédents sont un extrait d’une chronique publiée le 6 Mai 2009, un mois avant les élections européennes. Entretemps, les partis conservateurs européens ont remporté une large victoire et ce qui modifié l’équilibre des forces au sein de la Chambre européenne. Et le Conseil européen a de son côté exercé une pression en bonne et due forme. Si le Paquet Télécom est avant tout une réforme pour moderniser le marché des télécommunications, se cache aussi derrière les intérêts de ce secteur, qui souhaite un nouveau cadre législatif lui permettant d’investir avec des garanties. « Autrement, le risque c’est de voir les investisseurs partir en Asie », se plaignent les défenseurs de ce paquet. En outre, cette législation prévoit de finir avec "la neutralité de la toile". La droite, très stressée avec ce blocage L’ancienne ministre conservatrice espagnole, Pilar del Castillov qui fait partie des rapporteurs qui ont travaillé pendant 2 ans sur ce paquet législatif, se montrait très attristée pour ce blocage. « C’est lamentable que soit bloqué ce paquet avec les bénéfices qu'il permet en terme l’emploi en ces temps de crise », tonitruait-elle devant les journalistes rassemblés à l’époque. Ce blocage de la directive sur les Télécommunications aurait été causé par un mauvais calcul du Président français Nicolas Sarkozy, tel que le soulignait la socialiste Catherine Trautmann, rédactrice du rapport final du Parlement sur cette question. « Si le Paquet Télécom avait été une vraie priorité de la présidence française de l’UE, Sarkozy se serait bien gardé d’impulser un projet de loi et un débat parallèle en France sur la question. A savoir: doit-on ou pas sanctionner sans autorisation judiciaire les internautes qui téléchargent illégalement des contenus web ». Lors de la première lecture de la loi Hadopi au printemps dernier, le Parlement européen s'était prononcé contre. Le Parlement européen impuissant? Mais depuis quelques jours cette même institution ne s'oppose plus à ce que les autorités administratives sanctionnent les téléchargements P2P soit disant illégaux sans passer par une autorisation judiciaire. L'amemdement 138 qui prévoyait cette protection du citoyen-internaute a été renvoyé aux oubliettes lors de la scession pléniaire de la semaine dernière à Strasbourg. La raison invoquée ? Les traités en vigueur ne permettraient pas au PE de légiférer sur cette question, pourtant essentielle pour le citoyen. Entre le recul concernant la liberté de la presse en Italie, la concentration des médias et celui-ci, il serait bientôt nécessaire de demander concrètement aux eurodéputés quelles sont leurs compétences, hormis celle de remettre le prix Sakharov. En tout cas, Hapodi n'a plus grand chose à craindre de la part de Bruxelles. Les associations de défense des droits des internautes expriment leur surprise considérant que « le Parlement européen a décidé d’abandonner la défense des droits du citoyen». Fernando Navarro Sordo et Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 Add Comment Du 7 au 14 novembre, Séville organise à nouveau le Festival de Cinéma Européen. L’acteur Ben Kingsley y recevra le Giraldillo d’Honneur pour sa carrière. SEFF 09 sera aussi l'occasion de présenter les candidats aux Prix du Cinéma Européen (EFA), qui seront décernés en décembre 2009 à Essen, future Capitale Culturelle Européenne. SEFF 09 c’est la sixième édition du Festival de Cinéma Européen qui lieu à Séville. En 2009, l’invité d'honneur est le cinéma britannique, qui débarque en Europe avec des dizaines de films à l’angle sociofamilial auquel il nous a que trop habitué cette dernière décennie. Parmi la sélection officielle de 16 films en compétition, nous pouvons dénomber : quatre britanniques, un hongrois, un danois, un italien, un tchèque, un français et rien de moins que huit coproductions transeuropéennes. Nouveau pronostic Au milieu de la crise mondiale que nous traversons et qui nous fait voir du noir partout, Europa451 fait son pari en faveur de Pepperminta. Film surréaliste et bariolé au premier degré, dans lequel l’autrichienne Pippiloti Rist s’est donné comme but de réaliser les souhaits de tous ceux qu’elle a croisé sur son chemin : « Préparez vous pour un orgasme », nous annonce-t-elle.Pendant neuf jours, les privilégiés qui auront un billet pour la capitale andalouse pourront se régaler avec les 120 films affichés au programme, sans compter les expositions et les conférences thématiques sur le cinéma britannique et européen en général. Le Giraldillo de Honor reviendra en 2009 à Sir Ben Kingsley, connu mondialement pour ses rôles dans Gandhi et La Liste de Schlinder. Son dernier rôle dans Fifty Dead men Walking de Kari Skogland, nous plonge dans la peau d'un agent double infiltré dans l’IRA des années 80, renseignant la police britannique sur les prochaines attaques de l'organisation. Cela ne fonctionne qu'un temps, puisqu'il finira par être découvert, le forçant à dévoiler la vérité à ses proches et à fuir.Comme chaque année, ce festival sera aussi l'occasion de nominer les films retenus au Prix du Cinéma Européen qui seront décernés un mois plus tard à Essen, en Allemagne. Cette ville vit déjà une transformation pour devenir Capitale Culturelle Européenne en 2010. Anthécrist, de Lars von Trier, Les étreintes brisées, de Pedro Almodóvar, Un Prophète, de Jacques Audiard y The Reader, de Stephen Daldry, semblent occuper des places de choix pour remporter le prix. Fernando Navarro Sordo Europa451 ![]() La droite italienne ne manque pas de chiens de garde catholiques et anticommunistes à l'Union européenne. Mario Mauro, eurodéputé italien, accuse les journalistes et les communistes de s’unir dans une stratégie politique commune, pour discriditer Silvio Berlusconi au niveau européen. Point de conférence de presse de Berlusconi ou de ses ministres pendant laquelle les journalistes Italiens ou étrangers ne s’intéressent pas sur les relations du Cavaliere avec les escort girls ou la justice. À Bruxelles la situation n'est guère mieux : à peine la nouvelle législature commencée, que Libéraux et Verts européens se sont unis pour porter le débat de la liberté de presse en Italie au coeur du Parlement européen. Face aux critiques, un des représentants de la droite italienne à Bruxelles n'a pas mâché ses morts :« Nous allons jouer cette partie à l’offensive, et non pas à la défense ». La phrase est de Mario Mauro, le chef de file de la délégation d’eurodéputés du Peuple de la Liberté et ancien vice-président du PE. Il est, ce qu'on appelle : le porte flingue européen de Berlusconi. Quand cela chauffe à Bruxelles, c'est lui le pompier. « La presse a un projet de pouvoir » En bon vasal, Mauro montre ses dents aux journalistes, parmi lesquels il a « tendance à voir beaucoup de communistes à cause de sa condition d’homme de droite à droite de Berlusconi », selon ses propres paroles dans un ton ironique. L’offensive, en tout cas, est à l'échelle européenne. Le gouvernement de Berlusconi a attaqué en justice les journaux et revues qui se font l’écho de ses mésaventures politiques et personnelles : il exige un montant de 3 millions d’euros pour dommages et intérêts à El País, La Repubblica, L’Unità et Le Nouvel Observateur. La ministre italienne de l’Égalité d’opportunités, Mara Carfagna, s’est aussi attaquée à La Repubblica. Elle demande 900.000 euros au journal pour avoir publié des déclarations publiques de la comédienne satyrique Sabina Guzzanti, et pour avoir fait référence à des informations révélées dans Le Nouvel Observateur. Toutes ces informations avaient déjà été publiées dans le journal Il Foglio, une propriété de Berlusconi, contre lequel aucune plainte n'a été déposée. Étrange. Lors des débats au sein du PE sur la situation de la presse en Italie, Mario Mauro a enfoncé le clou, assurant que « le groupe de L’Espresso et La Repubblica agit comme un parti dont le but serait de détruire le projet démocratique et politique de Berlusconi ». Tout en ajoutan : « Un vrai risque pour la démocratie existe quand un média a un projet de pouvoir comme stratégie », assomma-t-il en pointant du doigt La Repubblica et oubliant que des médias tels que Le Nouvel Observateur ou El País n’ont aucun intérêt politicien en Italie. Et finalement, c'est encore une fois Silvio Berlusconi qui devient une victime. Le 8 octobre 2009, lors du débat sur le projet de résolution du Parlement européen, il a lancé à l'Assemblée : "Les dommages que vous causez à l’Europe sont peut-être plus importants que ceux que vous infligez à l’Italie. Vous proposez aux citoyens une caricature de l’Europe, vous pensez pouvoir donner des leçons de démocratie, non pas pour défendre les droits des gens mais pour déformer la réalité à la manière du stalinisme". Reste que l'Italie reste le seul pays de l'UE où le chef du gouvernement est aussi le plus grand patron de presse nationale. La droite italienne a beau pointer du doigts des Murdoch ou des Lagardère, ces derniers ne siègent pas au Conseil européen. Tout dépendrait du discriminé? Mikolos Haraszti, responsable pour les médias dans l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), souligne dans un de ses rapports, assez critiques avec Berlusconi que « le rôle du journaliste est de poser constamment des questions », et demande qu’on retire les charges contre les médias. Mario Mauro devrait prendre en compte l'avis de cette organisation, qui l'a nommé en janvier 2009, représentant personnel de la présidence de l'OSCE contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, avec une référence particulière à la discrimination contre les chrétiens. Une place intéressante, pour un homme très proche du Vatican, qui n'apprécie que moyennement les homosexuels et qui a soutenu les mesures discriminatives envers les Roms, décidées par le gouvernement Berlusconi. Il s'était même montré agacé quand le Commissaire du Conseil de l'Europe en charge de droits de l'Homme, Thomas Hammarberg, jugeait la situation inacceptable. Il semblerait que l’intention des hommes politiques de la droite italienne consiste à détourner l’attention vers d’autres personnes. La stratégie de Mauro lors du débat sur la liberté de la presse fut étonnante: il se mit alors soudainement à défendre le Parti Démocratique italien de Dario Francheschini qui serait selon lui, « la vraie victime de tout ce capharnaüm médiatique", en étant discriminé par La Repubblica en faveur du parti Italie des Valeurs, du juge Antonio di Pietro. Un classique: diviser pour mieux régner. Le prix de la fidélité : recalé deux fois en 2009 Cela fait 10 ans que Mario Mauro travaille comme eurodéputé. C’est un référent de l’aile la plus conservatrice du Peuple de la Liberté, parti fondé par Berlusconi, et en Italie, il est particulièrement connu pour ses positions à tendance homophobes. « Les résolutions contre l’homophobie dans l’UE sont des documents idéologiques qui ont peu à voir avec la tutelle concrète des Droits de l’Homme, mais plutôt avec la destruction des valeurs qui sont à l’origine de l’Union en tant que projet politique », affirme cet homme politique qui s'alarme de « la dictature laïque totalitaire ». Jusqu’au mois de juillet dernier, Mauro aspirait à la présidence du Parlement européen avec le soutien de Berlusconi et Frattini, mais ses positions catholiques radicales ont poussé les partis politiques à faire le choix du protestant polonais Jerzy Buzek. Très proche du clergé italien, il fait parti du mouvement "Comunione e Liberazione", une sorte d'Opus Dei italien, très influent dans le nord de la péninsule. Point découragé, l'ambition de Mauro s’est alors tournée vers la présidence du groupe PPE au Parlement, dirigé par Joseph Daul. Mais la droite européenne ne voulait pas de frasques berlusconiennes en Belgique, et ont donc reconduit le français au poste. Une droite italienne qui agace On ne peut pas reprocher à Mauro un manque de cohérence politique, mais ses adhésions personnelles et idéologiques lui ont valu l’ostracisme à la droite italienne en Europe. Dans les congrès européens du Parti Populaire, les seuls discours utilisés par les délégués pour sortir fumer une cigarette sont les discours de Berlusconi, comme à Varosovie en mai dernier, alors que le Premier ministre français, François Fillon et la Chancellière allemande, Angela Merkel ont eu droit à des standing ovations. Ceci dit, il ne faut pas être avare avec la solidarité, ne serait-ce que pour profiter des voix italiennes lors d’un vote serré. Ainsi, quand Mauro, devant la pression des médias et des instances judiciaires subie par Berlusconi à l’échelle internationale, a demandé de l'aide au PPE, ce dernier a accouru prompt pour déclarer à travers la bouche de Joseph Daul, devant les journalistes que « nous sommes devant un procès injuste contre le gouvernement italien. Vous, les journalistes, quand on traite ce sujet qui vous touche directement, vous n’avez pas la même attitude que quand vous vous limitez à faire de l’information. Je doute de l’honnêteté déontologique de beaucoup de journalistes ». Mais derrière cette unité de façade, des voix au sein du PPE commencent à s'élever dans les coulisses. Une partie des conservateurs européens commencent à en avoir assez de devoir couvrir leurs alliés politiques, qu'ils soient Italiens pour la liberté de la presse ou Lituaniens au sujet de l'homophobie (concernant une nouvelle loi au sujet de l'éducation nationale et la prévention contre l'homosexualité). Car si une discipline de parti est nécessaire, ces députés originaire de pays plus progressite ont aussi des comptes à rendre devant leurs électeurs et leur opinion publique. La tâche de Mauro risque donc de devenir plus complexe au prochain accrochage entre l'Italie de Berlusconi et Bruxelles. Fernando Navarro Sordo et Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 INTERVIEW/ Des cravates en couleur mauve, des ponts peints en mauve, une presse mauve... La couleur du parti du dirigeant tunisien Zine el Abidine Ben Ali a inondé tout le pays pendant la campagne électorale qui va le consacrer pour la cinquième fois comme Chef de l’État. Contre cet unanimisme idéologique surgit Z, le premier dessinateur satirique politique de la Tunisie. Le caricaturiste tunisien “Z” apparaît comme la star de la satire dissidente de l’exil intérieur et extérieur de la Tunisie. Z c’est le pseudonyme utilisé par cet artiste par prudence et privilège. À la vue de la censure et de la répression que le régime de Zine el Abidine Ben Ali exerce sur les opposants et leurs familles, la raison dicte de ne point donner des pistes à l’ennemi. Le triste privilège qui lui permet de cacher son identité sous un pseudo aussi fade c’est que, dans toute l’histoire de ce petit pays méditerranéen, il n’y a jamais eu de dessinateur politique avant.« Je suis sûrement le seul tunisien qui lit et prend au sérieux toute la presse du régime », se vante Z, tandis qu’il ébauche un sourire à la recherche immédiate de complicité. Ses caricatures ne sont pas consultables sur le territoire tunisien, car son site Débat-Tunisie est censuré, tout comme You Tube ou Wikipedia. Le régime juge ces outils fort peu contrôlables. Sa « méthode pour élaborer ses dessins c’est de s’imprégner des nouvelles absurdes dictées ou générées par le régime ». Corruption, népotisme, attaques envers la liberté d’expression ou violation des Droits de l’Homme sont les proies favorites de cet artiste qui nous parle moitié en français, moitié en espagnol à l’accent sudaméricain, région où s’est « réveillé » sa conscience politique. Dans un régime dont la seule idéologie est l’ « unanimisme », contrôlé par un clan –celui de Leyla Ben Ali, la femme du Chef de l’État-, les caricatures de Z volent d’une rédaction à l’autre parmi les quotidiens et les magazines dissidents, avide de les diffuser pour encourager leur paroisse et promouvoir les libertés dans une société où une image vaut plus de mille paroles et mille jours de cachot. « Il ne faut pas se faire d’illusions », nous prévient Z, « car le régime a réussi à séparer le facteur politique de la pensée des citoyens ». Europa451 : N’avez-vous pas l’impression de prêcher dans le désert ? Z: Écoutez, un jour, après quelque mois de sondage auprès des gens normaux dans mon quartier à Tunis et ma propre famille, j’ai eu comme une révélation. C’est quelque chose qui arrive souvent dans un désert, vous voyez ? Tout d’un coup j’ai cru comprendre l’engrenage de la maladie dont pâtit mon pays et je me suis mis à rédiger un manifeste très enflé pour résumer ma pensée. Seul sous l’effet de l’arrogance j’étais capable de faire une telle chose. Une fois terminé, j’ai cru positif de le partager avec les autres et je l’ai donc publié dans un blog : Débat Tunisie. Par contre, à travers Facebook j’ai vite remarqué que les gens sont plus réceptifs aux illustrations, surtout chez ceux qui n’ont aucun intérêt pour la politique. En plus de peindre des tableaux, je me suis mis à dessiner des caricatures. E451: Comment se fait-il alors que vous soyez quelqu’un de politisé ? Z: Je ne l’ai pas toujours été. En revanche, quelques années auparavant je suis parti en Amérique Latine pour finir ma formation et rédiger mon projet de fin d’études. J’habitais alors chez des amis assez riches dans une villa aux pieds d’une collines, en face d’un nuage de quartiers paupérisés. Mes collègues ne faisaient que de se plaindre des pordioseros qui les habitaient, tandis que moi je ne pouvais pas éviter de comparer les conditions de vie entre les deux mondes. À seulement quelques kilomètres de distance, mes amis débattaient de la situation comme s’ils étaient aveugles devant autant d’inégalités : « C’est tous des feignants, ils méritent leur pauvreté », m’expliquaient-ils. Moi j’étais arrivé vierge en idéologie et en expérience politiques. C'est pourquoi je décidé d'arpenter la région pour comprendre sans aprioris ce qui se passait . Entretemps, mes amis soutenaient la guerre en Irak tandis que je la voyais comme étant une agression irrationnelle. Tout a commencé à aller très vite dans ma tête. E451: On vous avait laissé déambuler en toute liberté en Amérique Latine ? Z: Entrer dans les quartiers difficiles n’est pas chose facile. Pour atteindre mon objectif, j'ai demandé à la personne qui dirigeait mon projet de fin d'études, de me permettre de changer mon projet initial pour une étude sur "l'urbanisme spontané". Un prétexte. Très vite alors je me suisretrouvé professeur pour les élèves des écoles de ces quartiers contre lesquels mes amis à l'université m'avaient toujours mis en garde. Avec quelques pinceaux et de vieux feutres, j'enseignais le dessin aux jeunes de l'école primaire. E451: Cette ambiance vous a-t-elle inspiré ? Z: C’était des gens très engagés, très militants, mais en même temps je me rendais compte que leur façon de s’organiser ressemblait beaucoup à celle du RCD de Ben Ali en Tunisie. À une importante différence près: en Amérique ils ont une idéologie. E541: Etes-vous rentré en Tunisie pour transposer ce que vous aviez vécu en Amérique Latine ? Z: Voilà ce que je croyais pouvoir faire. Mais moi j’avais déjà beaucoup changé, à mon retour du Venezuela. Je n’avais plus la même virginité politique. J’ai du apprendre à désapprendre et je n’ai pas réussi, car en plus je suis Tunisien. Je ne suis pas un étranger, les gens savent d’où je viens. La réalité en Tunisie est presque la même qu’en Amérique Latine, avec des différences. Certes, il n’existe pas de véritable redistribution géographique et sociale de la richesse. En revanche, la relation entre les classes sociales est différente. La petite bourgeoisie se consacre au consumérisme et ignore tout simplement la réalité des plus démunis. La clase des travailleurs ne s’adresse pas à la bourgeoisie en réclamant des mesures sociales, mais en soulignant le caractère décadent et sans spiritualité de la classe moyenne. En Tunisie je me sentais jugé chaque jour, chose qui n'arrivait pas en Amérique. Ça m’a beaucoup paralysé. J’ai essayé de rentrer chez le pauvre, mais on me faisait comprendre que j'étais un intrus. Je n’arrivais pas à me connecter avec les gens et développer un espace pour faire de la politique. J’ai donc compris que le seul moyen pour m'intégrer dans ma société c’était le dessin. E451: Croyez vous que le régime de Ben Ali va bientôt se démocratiser ? Z: La Tunisie vit un système autoritaire et un culte de la personnalité envers la figure du leader Ben Ali et de sa femme Leyla, une jeune femme avec de bonnes connexions. Le clan de cette femme contrôle de nombreux secteurs de l’économie nationale. Son frère, Imed Trabelsi, saute de scandale de corruption en scandale de corruption et passe son temps à publier sur Facebook des vidéos où il justifie ses déboires. Un autre membre de la famille, Benhassen Trabelsi, contrôle de nombreux magazinL’idéologie du régime c’est le mauve, la couleur du RCD. Tout invite à penser que ce type de régimes ne se réformeront pas par eux-mêmes. E451: Attendez-vous quelque récompense pour votre activité dissidente malgré le fait que vos caricatures ne sont pas visitables en Tunisie ? Z: Ce que je ne vous ai pas encore dit c’est que tous les censurés de Tunisie possèdent une série d’adresses de pages web miroirs qui reproduisent ce qu’on publie sur nos sites. Les gens échangent de façon confidentielle ces adresses et à la fin tout circule. La conférence de la dissidence à Paris, au début de la campagne électorale, m’a prouvé que mes concitoyens attendent beaucoup de moi. C’est maintenant que je me rends compte de la confiance que nombre de tunisiens ont envers moi. Ceci dit, la reconnaissance à laquelle j’aspire n’est ni de l’ordre politique ni économique, mais plutôt artistique. E451: La dissidence tunisienne a du se réunir à Paris pour débattre sans entraves sur l’avenir du pays. Comment percevez-vous la division parmi les opposants au régime ? Z: Le débat à Paris a été très positif, car les gens normaux ont prouvé qu’ils ont des visions très plurielles de la Tunisie. Entre des gens comme Marzouki ou Chebbi, leurs différences ne sont pas idéologiques, mais plutôt du fait de la force de leurs caractères. L’opposition tunisienne est unie et sait que le but est de démocratiser la Tunisie le plus vite possible. Fernando Navarro Sordo Europa451 REPORTAGE-DOSSIER/ Demain auront lieu des élections en Tunisie. Chose étrange, le ministre de l’Intérieur, Rafik Belhay Kacem, est en outre président du comité de mobilisation du parti gouvernemental (RCD) pour ces élections. « Les élections ne sont pas une affaire politique en Tunisie, mais administrative », résume plaintif, le socialiste dissident Moncef Ben Jaffar. « Je me déclare désespérée », nous lance Sana Ben Achour, présidente de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates dans un café parisien. « Les femmes ne sont pas mobilisées en politique, sauf pour le parti de Ben Ali qui à travers la figure de sa femme Leyla, joue fort sur la promotion des femmes ». Sana Ben Achoun, opposante féministe tunisienneL’opposition tunisienne est un champ de débris où règne une absence d'unité totale, tout en devant faire face aux attaques venant du régime clientéliste de Ben Ali. Dernier exemple en date: après la décision de baisser à 18 ans l’âge pour pouvoir voter, le gouvernement a envoyé à tous les nouveaux inscrits sur les listes électorales une lettre les invitant à rejoindre le parti du président, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique. Ce parti compte presque deux millions et demi de militants, c’est à dire 25% de la population, selon les données de la Fédération Internationale des Ligues pour les Droits de l’Homme (FIDH). A titre de comparaison, en Chine le parti unique - le PCC - recense 70 millions de militants, soit "seulement" 7% de sa population. L’administration publique tunisienne n’a aucun sens de la neutralité politique. Bel-Ali et le mauve En théorie, la champagne électorale dure 13 jours. C’est la seule période durant laquelle les partis de l’opposition peuvent faire quelque chose. « Ceci pénalise les candidat la FIDH. En revanche, la campagne de l’actuel chef de l’État et candidat à sa propre succession a commencé il y a deux ans. En 2007, Ben Ali, avait fait un appel à toutes les associations du pays pour qu’elles lui demandent de se présenter pour une quatrième réélection. La Tunisie compte plus de 9 000 associations, ce qui permet au régime de mettre en avant une certaine pseudo-liberté dans le pays. Ceci dit, une loi de 1992 permet l’imposition d’associés obligatoires à ces associations. En effet, il suffit qu’une personne adhère en public aux principes et à l’objet de l’association en question pour celle-ci soit obligée de l’accepter parmi ses membres. De quoi soupçonner l’infiltration que le régime opère dans toutes ces organisations civiles. Depuis des mois, des affiches gigantesques à l’effigie de Ben Ali poussent comme des champignons au bord des routes du pays, tout comme des photos impossibles avec son image entourée par la foule adoratrice et des slogans de soutien à ce petit père de la patrie. Même les constructions publiques, tels des ponts récemment inaugurés, son couvertes de la couleur mauve –la couleur du parti de Ben Ali. La seule TV libre contrôlée par... Selon la journaliste Sihem Bensedrine, en 2004, les médias avaient dédié 89% de leur créneau d’informations au traitement de l’élection présidentielle, pour 11% seulement sur la campagne des législatives qui se développait en simultané. « C’est la preuve de la véhémence personnaliste du régime qui se répète pendant cette campagne », souligne Bensedrine. Pendant toute la campagne présidentielle, alors que Ben Ali et son parti sont jour et nuit sur les écrans, les autres candidats –Mohamed Bouchiba et Ahmed Inoubli, qui représentent de faux partis indépendants, et Ahmed Brahim à la tête des anciens communistes du Ettajdid- ne disposent que de 20 minutes d’antenne à la télévision. Aussi, le mois dernier, alors que la champagne n’avait pas encore débuté, des centaines de milliers de sacs en plastique ont été distribués à la sortie des mosquées avec la marque Radio Zitouna, propriété d’Imed Trabelsi, le gendre du chef de l’État, imprimée sur une face, et l’inscription ‘Ben Ali 2009’ sur l’autre. Et pour être sûr que rien ne sort du pays, ou le strict minimum, la loi interdit les candidats de faire des déclarations à la presse étrangère. Car peu de risque pour Ben Ali venant de la presse tunisienne : le seul groupe de presse indépendant, Cheikh Rouhou, qui détient Le Temps ou Essabah, vient de se faire racheter par un autre gendre de Ben Ali, Benhassen Trabelsi. Toutes les chaînes TV sont contrôlées par le régime. Seule exception: Hannibal TV, dans les mains de Finninvest, le holding de... Silvio Berlusconi. Un panorama désolant. Multiplier pour noyer l'opposition Aux élections du 25 octobre seront élus 214 députés de la chambre basse. Ceux-ci se divisent deux groupes. Le premier est composé de 161 sièges élus par un système électoral majoritaire qui octroie d'office 100% au RCD, grâce au contrôle exercé par les 24 gouverneurs sur les listes électorales que présentent les différents partis. Le deuxième groupe compte 53 députés et reste ‘réservé’ pour les partis indépendants qui servent d’alibi au régime mais qui n’exercent d'aucune façon un rôle d'opposition. Le nombre de bureaux de vote est encore une anomalie. Il y en a plus de 10 000, soit un pour tous les 600 habitants. « Le but », selon la FIDH, « c’est d’empêcher les partis de l’opposition de surveiller les opérations de vote, car aucun ne dispose des militants suffisants pour être présents dans tous les bureaux ». Sans oublier que le RCD contrôle toutes les institutions politiques de la Tunisie. Le Conseil Supérieur de la Communication, le Comité Supérieur des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales, ainsi que l’observatoire des élections, ne comptent aucun représentant de l’opposition. Ben Ali, l’absent de la WikipediaDessin de ZLa censure en Tunisie c’est la règle. Pas même You Tube est accessible dans ce pays. La page que Wikipedia consacre à Ben Ali n’est visitable qu’à l’étranger, car sa neutralité objective blesse la sensibilité du régime tunisien. Malgré tout cela, l’ancien Colonel poutchiste Ben Ali présente son pays comme une démocratie. Qu’est-ce que la Tunisie en réallité ? Quelle est l’idéologie du parti du gouvernement ? “C’est un parti mauve”, résume, laconique, le dessinateur politique “Z” dans le salon de l’appartement où il prépare ses caricatures vitrioliques. C’est sa façon de dire que le RCD ne possède aucune idéologie, mais plutôt un bel emballage. Le mauve c’est la couleur du parti. À travers son site Debat-Tunisie, Z, le premier dessinateur politique de l’histoire de la Tunisie, suit l'adage disant « qu’une image vaut mieux que mille paroles ». Depuis deux ans, il est devenu la star de la dissidence, une des rares personnalités qui incarne l’espoir démocratique tunisien. Démocratie vs Intérêts Ahmed Nejib Chebbi, le leader du Parti Démocratique Progressiste (PDP, centre laïciste), répond sans nuances à notre question : « La Tunisie est soumise à un régime autoritaire qui se caractérise par la confusion des pouvoirs ». Ben Ali, n’est pas seulement le Chef de l’État, mais aussi le chef de la magistrature. Le Conseil constitutionnel, organe dont les membres sont élus par le RCD et Ben Ali, ne peut être sollicité que par ce dernier. « Les gouverneurs, nommés par le RCD, contrôlent à tel point le processus électoral, qu’ils décident de l’emplacement de chaque affiche électorale des partis d’opposition », renchérit Chebbi. Cet homme politique vétéran remercie l’écoute et l’attention que porte l’Union Européenne à l’opposition tunisienne, mais il avoue non sans résignation « qu’il y a trop d’intérêts économiques de pays tels que la France, l’Espagne ou l’Italie, dans une Tunisie considérée comme un ‘ami’ qu’il ne faut surtout pas fragiliser en critiquant le régime de Ben Ali ». « En Occident on a peur de la montée des islamistes radicaux si Ben Ali part. Mais c’est un argument fallacieux, car le Maroc a démontré qu’il est possible d’intégrer les islamistes modérés dans le système démocratique », insiste Chebbi, pour qui « les transitions pacifiques de l’Espagne, le Portugal ou la Grèce sont une source d’inspiration ». Si l'économie va...tout va ? Les représentants du RCD, arborent souvent des données macroéconomiques issues des institutions internationales pour illustrer les bontés du gouvernement présidé par Ben Ali. « On vient de dépasser l’Afrique du Sud en compétitivité », lit-on sur les pages de La Presse, un journal contrôlé par le RCD et dont la Une affiche tous les jours la photo et une note hagiographique sur le Chef de l’État. « Les chiffres de la Banque Mondiale confirment que la Tunisie a eu une croissance de 5% annuel du PIB depuis 20 ans, et que 80% de la population est propriétaire », pointe Chedli Ben Younes, présentateur du journal télévisé de la chaîne publique Canal 7. « Pour moi c’est parfaitement concevable que Ben Ali et le RCD gagnent les élections avec 95% des voix, car le système est transparent et on respecte la loi », insiste celui qui possède une audience en Tunisie comparable à celle d’un PPDA en France. « Ce qu’il cache c’est que les enveloppes des bulletins de vote sont translucides en Tunisie, et pour chaque parti la couleur criarde du bulletin est différente », nous informe le rapsode protestataire Beyrem Kilani, plus connu sous le nom de Bandirman à Colombia City, le quartier paupérisé de la banlieue tunisoise. L’opposition tunisienne considère « indigne » de justifier une dictature avec des données économiques. « Des données incomplètes », réclame Ettayeb, secrétaire général adjoint de Ettajdid, « qui oublient que 17% des diplômés universitaires sont au chômage ». Ceci dit, comme le résume sans concessions l’opposante féministe Sana Ben Achour, “la dissidence, organisée en proto-partis, ne possède pas un plan crédible comme alternative politique et économique à Ben Ali. Ses leaders sont des gens respectés par une société qui comprend qu’ils mènent un combat dur, mais ils manquent de moyens pour que ses messages passent du côté des citoyens ». Fernando Navarro Sordo Europa451 REPORTAGE-DOSSIER/ La Tunisie organise dimanche 25 octobre des élections présidentielles et parlementaires. La dissidence, composée des partis d’opposition –légalisés ou pas- et de leaders exilés en Europe pour fuir la répression du régime de Ben Ali, qualifie ces scrutins d’ « arnaques ». Ben Ali se présente en tant que Chef de l’État pour son cinquième quinquennat, après 22 ans au pouvoir et une énième réforme constitutionnelle qui lui permettra de gouverner jusqu’à l’âge de 78 ans (au minimum...). La situation précaire des libertés en Tunisie a forcé l’opposition à se déplacer en Europe pour exposer sa critique envers la dictature de Ben Ali. A Paris s'est tenu un débat ouvert auquel se sont rendu les membres de l'opposition mais aussi des militants du parti gouvernemental tunisien, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), en plus des "cafards" déjà infiltrés par le régime. Divisée et prisonnière de son passé condescendant envers le coup d'Etat de Ben Ali en 1987, la dissidence manque d’une voix de prestige qui puisse l’incarner à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Seule une jeune personnalité anonyme, le dessinateur “Z”, sur la scène médiatique depuis deux ans - et ce, sans bénéficier de parrains ni d’adhésions partisanes - semble susciter une fierté pour la récupération de la dignité perdue parmi les vrais démocrates de Tunisie. En hôpital psychatrique "Je prie tous les assistants de réfléchir une minute à l’Histoire d‘Alaya Kouki. Cet ingénieur de Tebourba avait lu en janvier les règles qui permettent à tout citoyen tunisien de se présenter aux présidentielles. Il les prit alors au sérieux et envoya une lettre au Président du Parlement pour lui informer de son intention de se présenter. Il partit alors sur les routes du pays à la recherche des 30 parrainages de maires ou députés nécessaires pour rendre officielle sa candidature. Au bout de deux mois, il fut arrêté dans un contrôle de police et enfermé dans un hôpital psychiatrique. Là-bas, il a été déclaré ‘malade mental’. Lorsqu’il a été relâché, quelques mois plus tard, Kouki l’idéaliste était déjà une personne brisée et incapable de mener une vie normale". Cette histoire a été racontée par Sihem Bensedrine, rédactirce en chef du magazine Kalima, censurée en Tunisie, comme d’ailleurs toute la presse libre, la seule qui ose rapporter ces faits. Nous sommes à Paris, à Sciences Po, quelques jours avant les élections. Ce sanctuaire de Mai 68 a ouvert ses portes à la dissidence politique tunisienne pour qu'elle puisse se manifester en direction de l’opinion publique tunisienne, même si cela paraît en vain. Un mirage qui n’a ni l’intérêt ni les moyens pour mettre en place les alternatives à la figure du dictateur Zine el Abidine Ben Ali. Depuis 1987, toutes les élections ont été remportées par celui qui se présente comme un barrage face à l'islamisme, obtenant à chaque fois des scores de plus de 90%. Auparavant, Bensedrine a été accusée de se vendre à l’Occident et arrêtée plusieurs fois pour exercer librement la critique journalistique au régime de Ben Ali et sa puissante femme Leyla. Quand elle fait appel à la conscience de l’assistance, nous approchons du climax de la journée. Les 400 personnes qui se tassent sur les bancs s’agitent, nerveuses, dans l’attente du discours du docteur et écrivain Moncef Marzouki, le plus charismatique des leaders de la dissidence tunisienne. À 64 ans, Marzouki, chef de file du Congrès de la République, soulève encore les passions politiques. Tous sont prêts pour l’encourager ou le huer. Une opposition à perpétuité à Ben Ali, le président chronique Marzouki, leader du Parti de la République« Nous ne sommes pas l’opposition tunisienne. Nous sommes la résistance, car dans une dictature il n’y a point d’opposition, mais une résistance », s’enflamme Marzouki. Il rappelle à tout le monde que Ben Ali et son parti, le RCD, contrôlent les 216 mairies du pays, 98% du Parlement et les 24 gouvernorats qui composent ce petit pays de 10 millions d’habitants qui selon les experts, ressemble socialement et économiquement parlant au Portugal d’il y a 40 ans. De même que le poète espagnol en exil Rafael Alberti avait inventé le surnom de funéralissime pour se moquer du généralissime Francisco Franco en Espagne, les mouvements de dissidence au pouvoir du tout puissant de Ben Ali, se réfèrent à lui en tant que « président chronique », au lieu d'« à perpétuité », comme s’il s’agissait d’une maladie. « Mon diagnostique est qu’aucune famille politique n’abandonne le pouvoir de son plein gré. La stratégie que je propose est le boycott des élections du 25 octobre », continue le docteur Marzouki. Cet homme à l’air hiératique et aux tons messianiques accuse « les puissances étrangères » de soutenir le régime de Ben Ali, dont la France qui cherche à sécuriser ses intérêts économiques dans la région. « Ce qui est pervers en Tunisie, c'est que le régime utilise la démocratie pour légitimer la dictature. Voilà pourquoi se présenter aux élections c’est participer au décor du régime. » Marzouki, a décidé de ne pas se présenter aux élections en Tunisie. « Les dictatures ne se réforment pas, il faut les abattre. Surtout les dictatures mafieuses comme celle du clan Ben Ali”, conclut-il en accusant de collaborationnisme les partis et les leaders qui participent aux élections ou essaient de le faire. La dissidence est une auberge espagnole Bien que des leaders existent, l’opposition est incapable de se connecter avec la société tunisienne et de faire front commun en faveur d’un changement de régime. « Ceci s’explique peut-être par le fait que la dissidence est dirigée par une génération d’hommes âgés qui en 1987 ne sont pas opposé à la prise de pouvoir par Ben Ali », nous explique Sana Ben Achour, urbaniste et présidente de l’Association Tunisienne de Femmes Démocrates. Toute une génération politique qui n’avait pas protesté à temps paye aujourd’hui la facture de son manque de crédibilité. C'est en tant que ministre de l'intérieur de l'époque que Ben Ali a déposé le Président Bourguiba, au pouvoir depuis 1957, pour sénilité. Ce "coup d'Etat médical" est considéré par l'immense majorité de la classe politique comme une bonne chose, laissant espérer des changements dans un pays qui connaît alors une crise économique, aggravée par le clientélisme et la corruption. Ben Ali22 ans plus tard, le seul parti d’opposition avec une représentation au sein du Parlement –quoi qu’insignifiante- c’est l’Ettajdid, un mouvement d’anciens communistes modérés qui, selon son secrétaire général adjoint, Samir Ettayeb, considère que « l’opposition tunisienne est pacifiste et ne doit pas faire appel au boycott des élections ». « Ce qu’il faut faire », argumente Ettayeb, « c’est présenter un programme de changement radical ». « Le pouvoir ne sait pas changer et l’opposition est incapable de changer les choses. Tout cela ne peut que qu'imploser ou exploser », reprend Marzouki, le médecin opposant, dans une salle tonitruante et entre les approbations et les cris de l’auditoire. "Je me déclare désespérée" Ahmed Nejib Chebbi, 65 ans et leader historique du Parti Démocratique Progressiste (PDP, centre laïciste), a aussi son point de vue, encore différent. Son parti s’est retiré de la lice présidentielle, mais pas des élections parlementaires et il explique sa position, la voix brisée par huit heures de débats. « Résister dans le pays signifie s’opposer ! Nous n’acceptons pas les leçons d’un autoéxilé », pointant alors Marzouki. « Je réclame un bilan du travail clandestin des partis politiques en Tunisie. La Politique doit être cohérente et porter la voix du peuple, tendre des ponts vers le peuple. Faire autrement c’est démissionner ! », s’exacerbe Chebbi. 17 des 26 listes aux élections parlementaires de son parti ont été annulées par les autorités, principalement dans les grandes villes comme Tunis ou Sfax. « Ceci est la preuve que le régime a déjà cuisiné les résultats du 25 Octobre”, soutien Moncef Ben Jaffar, vétéran et dirigeant social-démocrate du Forum Démocratique pour le Travail et la Liberté (FDTL). Ben Jaffar s’était aussi présenté aux élections présidentielles, mais sa candidature a été rejetée « parce qu’il ne préside pas son parti depuis au moins deux ans ». Pour Ben Jaffar, « en Tunisie il n’existe qu’une seule forme de résistance et de dissidence : rester en contact avec les gens, car toute la stratégie du régime de Ben Ali repose sur la séparation et l’isolement des uns et des autres ». « Ce type de rencontre se transforme souvent en un mur des lamentations”, commente Ben Jaffar dans les couloirs à la sortie de l’évènement. Sana Ben Achour est d’accord : « Je me déclare désespérée. L’opposition est comme une auberge espagnole et il n’y a pas de perspectives réelles d’alternance politique en 2009. La véritable échéance électorale pour l’opposition ce sont les élections municipales en 2010 ou plutôt 2014, avec les ». Fernando Navarro Sordo Europa451 Travailler le dimanche pour les Japonais? 23/10/2009
FOCUS/ Travailler le dimanche - ce qui pour nombre d’européens est une banalité - est encore un tabou en France. Le paradoxe est de constater que le gouvernement conservateur de Sarkozy, qui soutient l’idée d’une Europe qui serait un club chrétien, est aussi celui qui fasse passer une loi qui permettra aux Français de travailler le jour que le Dieu des chrétiens avait consacré pour le repos. Se promener le dimanche dans Barbès à Paris, le Soho londonien ou le Raval de Barcelone, c'est s'assurer une journée d’amusement sans repos pendant 24 heures. Déjeuner des tripes aux pois-chiches rue de Myrrha, s’acheter des fringues trendy à Dean Street, ou aller chez le coiffeur au Carrer de Sant Pau…, la vie continue comme les autres jours de la semaine, ignorant les traditions religieuses. Ou autre théorie: c'est peut-être le brassage des religions existant dans ces quartiers qui permettent un relais temporel entre les fidèles des différents confessions entre le vendredi, le samedi et le dimanche, respectivement jours sacrés des musulmans, des juifs et des chrétiens. Belle synchronisation. Endimanchés contre dimanchistes En Europe il existe deux groupes de pays. Les pays où il est normal d’ouvrir les commerces et les bureaux pour travailler le dimanche, et ceux qui préfèrent y concentrer le repos. Dans le premier groupe on retrouve l’Espagne, où les commerces peuvent ouvrir sur tout le territoire national jusqu’à 24 dimanches par an, c’est à dire, la moitié de l'année. Il y a aussi le Royaume-Uni, champion européen du travail dominical, avec la Hollande ou l’Autriche. Il s’agit de pays où au moins 25% des salariés travaillent couramment les dimanches. Le groupe antagoniste est soutenu par des pays comme l’Allemagne, la Norvège ou l’Irlande. Ce sont des pays où moins de 10% des salariés travaillent le jour du Seigneur. En 1996, la Court de Justice Européenne avait déjà déclaré qu’il n’existait point de raisons suffisantes pour considérer le dimanche comme le meilleur jour à consacrer au repos hebdomadaire. La France - dont le secteur touristique est des plus puissant - se trouvait jusqu’à présent à un point équidistant des deux tendances européennes: 15% de ses salariés se levaient pour aller au boulot enle dimanche. Et selon un sondage de Vivavoice publié sur Libération, 55% des Français étaient contre l’extension du travail dominical. Travailler plus = écran de fumée ? Depuis peu, la droite française vient de faire passer une loi qui crée des zones touristique sensibles comme à Paris, Marseille et Lille, pour permettre de travailler plus (pour gagner plus?) les dimanches. Sans compter qu’est augmenté également les possibilités dans le reste de l’hexagone. Nicolas Sarkozy et François Fillon, face à une population qui a toujours valorisé la vie familiale, argumentent que cette mesure va créer de l’emploi. Que la droite libérale européenne défende que chacun soit libre de travailler les jours qu’il souhaite, cela peut se comprendre par rigueur idéologique; mais prétendre que les dimanches ça crée de l’emploi c’est fallacieux. Deux des pays où l’on travaille le plus en dimanche –le Royaume Uni et l’Espagne- souffrent plus qu'aucun autre de l’augmentation du chômage pendant la crise. L’Allemagne, qui rejette catégoriquement le travail dominical, est à l'inverse le pays qui souffre le moins du chômage depuis le début de la crise. Finalement, les Européens sont en train de revoir à la baisse leur modèle social, tout en basant leur économie sur quelques secteurs saisonniers, tel que le tourisme, au lieu de miser sur des secteurs productifs comme les nouvelles technologies ou l'environnement. L’Europe a besoin d’une puissante reconversion industrielle, et non pas des écrans de fumée comme celle de la liberté de pouvoir travailler les dimanches pour que les Japonais puissent faire leurs courses chez Louis Vuitton ou Custo. Fernando Navarro Sordo Europa451 L’amour dans les rues de Lisbonne 22/10/2009
CULTURE/ Un mûr de la ville de Lisbonne et ces quelques mots : « Je veux faire avec toi ce que le printemps fait avec les cerisiers. » Mais que fait le printemps des cerises? L'expression existe aussi en français. Ce que veut le poète c'est « déflorer » son aimée, emporter avec lui sa fleur, sa virginité. Vous imaginez l’expression de la mère de la jeune à qui cet amoureux a dédié les vers tagués en face de sa maison de Lisbonne ? L’Alfama lisboète est, assurément, un des quartiers les plus humbles des grandes capitales de l’Europe. Ceci n’empêche pas ses murs de regorger de culture et de sensibilité poétique. Sur cette image nous observons un extrait d’un poème du chilien Pablo Neruda, un poète qui fut aussi ambassadeur du Chili en Espagne et en France. Il s’agit du poème 14 de son célèbre recueil Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée. L’extrait chante comme il s’ensuit : « Je veux faire avec toi ce que le printemps fait avec les cerisiers. » Qu’est-ce que l’auteur veut faire avec son aimée ? Par le ton du poème, le lecteur peut facilement l’imaginer, mais que signifient ces vers concrètement ? Pour le savoir il est nécessaire d’avoir quelques notions basiques de botanique. L’arbre des cerises est, avec l’amandier, un des premiers arbres à faire éclore ses bourgeons dans l’année. Il le fait vers la fin de l’hiver –donnant une fleur petite et blanche à reflets roses si on la regarde de loin. De sorte que c’est aussi un des premiers à perdre sa fleur: sa défloration s’achève avec l’arrivée du printemps. Nous sommes peut-être en automne, mais cela ne perd rien de sa poésie. Fernando Navarro Sordo Europa451 Parler français rendrait pauvre ? 21/10/2009
SONDAGE/ Une initiative internationale vise à ce que l’anglais soit la deuxième langue dans tous les pays sous-développés et en voie de développement. L'objectif ? Etre plus indépendants. La mission d’English as first foreign language initiative est simple: elle consiste à convaincre les sociétés de pays tels que l’Angola, l’Algérie ou l’Ukraine d’abandonner l’usage du portugais, du français ou du russe comme deuxième langue et de parier sur l’anglais comme outil pour sortir de leur isolement international et économique. L’initiative est née dans la société civile de plusieurs pays en voie de développement comme la Tunisie. Elle considère que si 70% des publications scientifiques sont écrites en anglais, l’imposition d’autres langues aux nouvelles générations pour communiquer avec le monde extérieur relève de la contrainte culturelle et économique, et cela représente « une attaque à la souveraineté et l’autonomie des pays qui n’utilisent pas l’anglais pour échanger dans les marchés mondiaux ». Cela reviendrait à dire que ces langues sont aujourd'hui devenu un fardeau...Une autre perspective de la diversité. « Dans une économie basée sur la connaissance et l’innovation », souligne-t-on depuis www.englishffl.org, « il est important d’accéder sans difficultés ou sans attendre les traductions aux dernières découvertes en matière de connaissance scientifique ». Cette initiative insiste en outre sur les changements expérimentés par notre monde où de nouvelles puissances se mettent en place, comme l’Inde et le Brésil : la solution c’est de parler avec eux en anglais « pour accéder à leurs expériences de pays en voie de développement ». Europa451 aimerait toutefois rappeler que le Brésil parle très bien portugais, ce qui pour l'Angola pourrait être un atout. English as first foreign language considère aussi que cela rendra plus facile la promotion des cultures de ces pays au niveau mondial. Mais ces langues qu'ils parlent depuis parfois plusieurs siècles, ne font-elles pas parties de la patrimoine? Pour l'exemple de la francophonie, certains de ses meilleurs auteurs ne sont pas issus du sol de l'ancienne puissance coloniale. Parler anglais faciliterait « l’ouverture d’esprit, les échanges culturels et la paix dans le monde, grâce à une meilleure maîtrise de la propre communication, ce qui permet d’entrer dans d’avantage de marchés », est-il conclut. La paix dans le monde serait-il alors aussi simple que la grammaire anglaise ? Fernando Navarro Europa451 Jeudi 15 octobre dernier, Mattino Cinque, l’émission d’information matinale de Canale 5 (la principale, parmi les trois privés, des chaines du groupe Fininvest - groupe Berlusconi) a diffusé un reportage plutôt étrange. Le principal protagoniste fut le juge Raimondo Mesiano, qui a récemment défrayé la chronique pour avoir validé, la sentence qui considère Silvio Berlusconi «coresponsable de corruption» dans l'affaire d'attribution de la société de presse Mondadori au groupe Fininvest, alors que le groupe Cir de l’entrepreneur Carlo de Benedetti (groupe l’Espresso) la revendiquait aussi. Le complot des chaussettes bleues Cette affaire qui traine depuis la moitié des années ’80 est au coeur de la guerre qui fait rage entre les deux des entrepreneurs les plus puissantes d’Italie pour le contrôle de la maison d’édition Mondadori : Carlo de Benedetti et Silvio Berlusconi. Le premier accuse le second d’avoir “acheté”, par la médiation de Cesare Previti, les juges romains qui ont “attribué” définitivement la Mondadori au groupe Fininvest. Cette version est “confirmée” par le témoignage de Stefania Ariosto en 1995, et par des mouvements de la société off-shore All Iberian sur un compte d’un prête-nom de Cesare Previti. L'argent serait ensuite passé au juge Vittorio Metta, en charge du dossier Mondadori... Le juge Raimondo Mesiano a donc fini par trancher, il y a deux semaines en reconnaissant Silvio Berlusconi « coresponsable » et en condamnant la Fininvest à payer 750 millions d’euros à faveur de la Compagnie de Carlo de Benedetti. Dur à entendre quand on est Premier ministre... C'est alors que des journalistes de Mattino Cinque ont décidé de réaliser un reportage pour tenter de dresser le portrait de ce juge qui ose défier l'homme le plus puissant d'Italie. On le voit ainsi allant se faire couper les cheveux, se promenant dans la rue et fumant. Le reportage insiste même énormément sur le fait que Mesiano se promène en "avant et en arrière, et fume l'énième cigarette de la matinée", le tout en portant des chaussettes bleues...chose qu'il "ne pourrait pas faire au tribunal"...La réflexion et l'analyse de ce travail vont même jusqu'à interroger le citoyen en se demandant comment un si "étrange" personnage puisse avoir signé une sentence si importante et même avoir eu une promotion dans la magristrature italienne par la suite.La réaction de l'Association Nationale de la Magristrature ne s'est pas fait attendre. Elle a qualifié de «honteux» le fait de faire suivre un juge pendant sa vie privé, tandis que la Fédération Nationale de la Presse parle de «tabassage médiatique». Le Conseil Supérieur de la Magistrature, l’organe constitutionnel qui garanti l’Independence de la magistrature, fait savoir qu’il va ouvrir une enquête sur ces événements. Mediaset (responsable du reportage et accesoirement propriété de Silvio Berlusconi) répond à ces attaques en soutenant le journaliste Claudio Brachino même si ce dernier répond aujourd’hui aux critiques dans les colonnes de Il Giornale (quotidien de la famille Berlusconi encore une fois) en s’excusant envers le juge. Toutefois, il l'invite en même temps à son émission pour qu'il puisse expliquer à quoi sa promotion est effectivement due. Sans vouloir parler encore d’attaque à la magistrature – même si dans ce cas serait extrêmement facile – une émission ou un reportage de cette teneur, privé de toute consistance journalistique, concentrant ses attaques sur la tenue vestimentaire d'un magristrat ou sa consommation de cigarettes rappele le temps de l'information étatique. Si rien ne prouve que ce travail est le résultat d'une "commande d'en haut", reste à se demander comment une des chaînes de télévision les plus importante de la péninsule puisse considérer ce genre de réalisation de "journalistique". Francesca Barca Europa451 | ArchivesJanuar 2012 Europa451?
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