![]() Sujet récurrent dans le débat européen: les racines judéo-chrétiennes de notre continent. La question renvoie à la perception de ce qu’est l’identité européenne : bien que 25,4 % des Européens se déclarent sans religion, quand on parle de mosquées c’est le grand retour à Bethléem d’où l’on revendique haut et fort que « bien sûr, nous sommes catholiques ». L'Europe a sans doute été chrétienne, mais aujourd'hui, les pratiques religieuses marquent le pas, lentement mais sûrement. Selon un sondage Eurostat effectué en 2005, pas moins d’un quart (25,4%) des personnes interrogées se sont déclarées « sans religion ». A côté de cela, le catholicisme est toujours en tête avec 49% des citoyens, suivi par l’Islam pratiqué par 15,7% des Européens. Le fait est donc là : les musulmans représentent aujourd’hui la deuxième communauté religieuse d’Europe. Selon une étude de la fondation allemande ZentralInstitut Islam Archiv Deutschland il y aurait 14 millions de musulmans au sein même de l’Union européenne, auxquels il faudrait rajouter ceux vivant dans les Balkans de l’Ouest (environ 8 millions) et ceux des ex-Républiques soviétiques (20 millions). Malgré la réalité chiffrée, l’Islam apparaît très peu dans les discours des hommes politiques européens. Aux dernières élections en juin 2009, le sujet n'a pas été évoqué, en réduisant le débat à l’adhésion de la Turquie. Cela dit, quand il s'agit de mosquées, un slogan semble retentir : « oui, nous sommes Chrétiens». Suisse, miroir de l’Europe ? Le 29 novembre, les Suisses se sont prononcés par référendum populaire – 57% de votes – contre la construction de nouveaux minarets sur l’ensemble de leur territoire national. A l'origine de l'initiative, le député du canton du Tessin, Lorenzo Quadri, membre du parti Lega dei Ticinesi, formation politique populiste et anti-européenne, qui s’est distinguée par le refus de la naturalisation des immigrés. Selon ce dernier, le minaret sert à « marquer le territoire » et interdire leur construction permettrait de préserver l’identité (catholique ?) suisse. Rappelons que dans l’ensemble du pays, il n’existe que quatre minarets et que la population musulmane suisse, principalement originaire de Turquie et de Bosnie, n’a jamais eu de problèmes particuliers d’intégration. D’après le recensement réalisé en 2000 en Suisse, par l’Office Fédéral de la Statistique (OFS), la religion a un « rôle important » pour seulement 16% de Suisses. Cela est confirmé par le fait qu’entre 1990 et 2000, le nombre des fidèles pratiquants (pour les deux principales religions en Suisse, le catholicisme et le protestantisme) a chuté de 10%. 38,5% des catholiques suisses déclarent ne pas aller à l’église, contre 50% pour les protestants. La Suisse n’est donc pas bien différente du reste de l’Europe. Les réactions à l’initiative helvétique ? Le parti flamand d’extrême droite Vlaams Belang, par la voix de Filip Dewinter, se félicite du résultat, proposant d’étendre la mesure en Belgique ; même chose pour le Parti de la liberté (celui de Geer Wilders, qui, rappelons-le, compare le Coran à « Mein Kampf ») aux Pays Bas. La vice-présidente du Front National, Marine Le Pen, en réfère à la volonté populaire des Européens : « les élites doivent cesser de nier les aspirations et les craintes des peuples européens qui rejettent les signes ostentatoires que veulent imposer des groupes politico-religieux musulmans ». La réaction italienne est, comme souvent, plus haute en couleurs : pour l’ancien Garde des Sceaux Roberto Castelli, l’heure est venue de faire figurer la croix également sur le drapeau tricolore. Cela correspond à une réaction simple: si le minaret n’est pas un symbole religieux, mais politique, il faut répondre mettant aussi le notre partout pour défendre notre territoire, affirmer notre identité. Une volonté populaire embarrassante L'autre problème que soulève ce résultat, c'est le respect de la volonté populaire, qui serait aléatoire, selon les besoin des dirigeants. Car c’est la rupture entre les élites et les citoyens qui menace alors les sociétés européennes. Il n’est pas possible de demander l’avis aux citoyens et de les faire revoter. L’eurodéputé français Daniel Cohn Bendit a exprimé son souhait de voir les Suisses revoter. Cela ressemble à un mauvais remake de 2005 quand la France et les Pays Bas on refusé, avec un referendum populaire, la Constitution européenne pour finalement voir le Traité de Lisbonne ratifié par leurs Parlements, ou bien l’épisode irlandais de 2008-2009 avec ce même traité…Revoter jusqu’à ce que la bonne réponse sorte des urnes. En cherchant la consultation populaire comme forme de légitimité, la classe politique découvre que le peuple en s’exprimant, ne le ferait nullement dans un esprit de tolérance, d’ouverture et de progressisme, mais dans un réflexe d’une certaine peur, de repli sur soi, de retour aux références traditionnelles. Il faut alors se demander si le referendum est “l'instrument” pour ce type de question, où le populisme gagne rapidement. Si la présence de l’Islam est indéniable en Europe (et ce, depuis plusieurs siècles), il est ignoré du débat politique et lorsque les citoyens y sont confrontés, les vieux réflexes sont encore là. Des institutions européennes reniant leurs racines ? Ce bing-bang helvétique populaire a aussi coïncidé avec celle de la Cour européenne de Strasbourg et le lien est immédiat. Ulrich Schlüer, homme politique suisse de l’Union Démocratique du Centre (Udc), ne manque pas de le rappeler : « Aujourd’hui les pays chrétiens ne peuvent plus afficher leurs symboles chrétiens (…) et cependant nous sommes tenus d’exposer des symboles musulmans ». Le 3 novembre dernier, par la Court Européenne qui a estimé que “la présence de crucifix dans les salles de classe en Italie était une atteinte à la liberté de conscience et au droit de chacun à recevoir une instruction conforme à ses convictions”. Le gouvernement italien a immédiatement déposé un recours et la question sera discutée à nouveau dans trois mois. A l'origine de la procédure, une italienne d'origine finlandaise, Soile Lautsi, qui milite pour l'Uaar (Union Atees Agnostiques et Rationalistes). Et la réaction des politiques ne s'est pas fait attendre: gauche et droite confondues ont clamé de façon unanime que le crucifix est un symbole de l'identité culturelle du pays voire le symbole de l'identité chrétienne italienne et européenne… Nous serions donc dans une situation où même les non catholiques ou chrétiens, considèrent que laisser tomber le crucifix serait une hérésie. Le débat sur sa présence dans les écoles italiennes (soulevé, on le rappelle, par une femme athée et rationaliste) a rouvert par ricochet le débat sur "l'invasion islamique". Un exemple: la Ligue du Nord, section de Bergame (à coté de Milan) dans son blog discute de la question, sans pour autant citer directement les musulmans. Mais l'article se termine avec le poster “on ne veut pas mourir islamique » (PHOTO). Sur Facebook les groupes qui attaquent, non pas directement la Court Européenne, mais les musulmans, sont désormais légion. Un pris parmi tant d'autres: “TU nn vuoi il crocifisso in classe? IO nn ti voglio in Italia! Com la metti?” (Tu ne veux pas le crucifix à l'école? Je ne veux pas de toi en Italie! Donc?”). Presque 7000 “fans” et un débat très « riche » devenant très rapidement raciste. Mais que faire de l’islam ? Le paradoxe est alors double. La construction européenne s’éloigne et semble refuser le moule préconstruit des racines purement judéo-chrétiennes de l’Europe, alors que le peuple y reste attaché, quant au même moment il n’y a jamais aussi peu cru… Elites progressistes et mouvements populistes on ici même trouvé leur nouveau terrain d’affrontement. Et le débat se propage petit à petit dans toutes les sociétés européennes, qui commencent à se rendre compte qu’une nouvelle religion vit dans en leur sein: la Suisse et l’Italie déjà cités, mais aussi la France où une interdiction de la burka est envisagée, et l’Allemagne où la polémique porte aussi sur la construction de mosquées. Francesca Barca Europa451 Add Comment ![]() L’extrême droite s’en tire mieux que d’autres lorsqu'il s'agit d’interagir sur Internet au delà des frontières nationales. En terme de nationalité, c'est la communauté politique française qui est la plus active. Vendredi 20 novembre, à Barcelone, l’agence linkfluence a présenté la première carte des réseaux sociaux politiques d'Europe (France, Allemagne, Pays-Bas, Italie et UE). Au premier abord, le schéma montre que les leaders d’opinion politique sur Internet interagissent les uns avec les autres dans les frontières nationales et linguistiques dans lesquelles ils évoluent, si bien que l'on peut constater la naissance d’une communauté on-line sur les affaires européennes. Selon Anthony Hamelle, qui a présenté cette étude statistique et graphique, « les résultats démontrent l’existence d’une véritable communauté virtuelle sur l’actualité européenne composée de leaders d’opinion, d’experts et de sites d’info officiels sur les ressources de l’Europe, ses défis et ses activités. Les communautés politiques nationales ont trouvé dans cette communauté virtuelle européenne un espace de rencontre pour obtenir de l’information et peut-être entamer des conversations sur les sujets européens ». La communauté politique française est celle qui présente une plus grande interactivité, grâce à certains sites leaders d’opinion qui combinent les sphères nationale et européenne. Sur ce point on souligne la présence de Coulisses de l’Europe, édité par le journaliste de Libération Jean Quatremer. Chose notable à noter, ce sont les communautés d’eurosceptiques et d’extrême droite interagissent le mieux au delà des frontières nationales, en créant leur propre sphère de débat public parallèle. Fernando Navarro Sordo Europa451 | ArchivesJanuar 2012 Europa451?
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