![]() La droite italienne ne manque pas de chiens de garde catholiques et anticommunistes à l'Union européenne. Mario Mauro, eurodéputé italien, accuse les journalistes et les communistes de s’unir dans une stratégie politique commune, pour discriditer Silvio Berlusconi au niveau européen. Point de conférence de presse de Berlusconi ou de ses ministres pendant laquelle les journalistes Italiens ou étrangers ne s’intéressent pas sur les relations du Cavaliere avec les escort girls ou la justice. À Bruxelles la situation n'est guère mieux : à peine la nouvelle législature commencée, que Libéraux et Verts européens se sont unis pour porter le débat de la liberté de presse en Italie au coeur du Parlement européen. Face aux critiques, un des représentants de la droite italienne à Bruxelles n'a pas mâché ses morts :« Nous allons jouer cette partie à l’offensive, et non pas à la défense ». La phrase est de Mario Mauro, le chef de file de la délégation d’eurodéputés du Peuple de la Liberté et ancien vice-président du PE. Il est, ce qu'on appelle : le porte flingue européen de Berlusconi. Quand cela chauffe à Bruxelles, c'est lui le pompier. « La presse a un projet de pouvoir » En bon vasal, Mauro montre ses dents aux journalistes, parmi lesquels il a « tendance à voir beaucoup de communistes à cause de sa condition d’homme de droite à droite de Berlusconi », selon ses propres paroles dans un ton ironique. L’offensive, en tout cas, est à l'échelle européenne. Le gouvernement de Berlusconi a attaqué en justice les journaux et revues qui se font l’écho de ses mésaventures politiques et personnelles : il exige un montant de 3 millions d’euros pour dommages et intérêts à El País, La Repubblica, L’Unità et Le Nouvel Observateur. La ministre italienne de l’Égalité d’opportunités, Mara Carfagna, s’est aussi attaquée à La Repubblica. Elle demande 900.000 euros au journal pour avoir publié des déclarations publiques de la comédienne satyrique Sabina Guzzanti, et pour avoir fait référence à des informations révélées dans Le Nouvel Observateur. Toutes ces informations avaient déjà été publiées dans le journal Il Foglio, une propriété de Berlusconi, contre lequel aucune plainte n'a été déposée. Étrange. Lors des débats au sein du PE sur la situation de la presse en Italie, Mario Mauro a enfoncé le clou, assurant que « le groupe de L’Espresso et La Repubblica agit comme un parti dont le but serait de détruire le projet démocratique et politique de Berlusconi ». Tout en ajoutan : « Un vrai risque pour la démocratie existe quand un média a un projet de pouvoir comme stratégie », assomma-t-il en pointant du doigt La Repubblica et oubliant que des médias tels que Le Nouvel Observateur ou El País n’ont aucun intérêt politicien en Italie. Et finalement, c'est encore une fois Silvio Berlusconi qui devient une victime. Le 8 octobre 2009, lors du débat sur le projet de résolution du Parlement européen, il a lancé à l'Assemblée : "Les dommages que vous causez à l’Europe sont peut-être plus importants que ceux que vous infligez à l’Italie. Vous proposez aux citoyens une caricature de l’Europe, vous pensez pouvoir donner des leçons de démocratie, non pas pour défendre les droits des gens mais pour déformer la réalité à la manière du stalinisme". Reste que l'Italie reste le seul pays de l'UE où le chef du gouvernement est aussi le plus grand patron de presse nationale. La droite italienne a beau pointer du doigts des Murdoch ou des Lagardère, ces derniers ne siègent pas au Conseil européen. Tout dépendrait du discriminé? Mikolos Haraszti, responsable pour les médias dans l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), souligne dans un de ses rapports, assez critiques avec Berlusconi que « le rôle du journaliste est de poser constamment des questions », et demande qu’on retire les charges contre les médias. Mario Mauro devrait prendre en compte l'avis de cette organisation, qui l'a nommé en janvier 2009, représentant personnel de la présidence de l'OSCE contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, avec une référence particulière à la discrimination contre les chrétiens. Une place intéressante, pour un homme très proche du Vatican, qui n'apprécie que moyennement les homosexuels et qui a soutenu les mesures discriminatives envers les Roms, décidées par le gouvernement Berlusconi. Il s'était même montré agacé quand le Commissaire du Conseil de l'Europe en charge de droits de l'Homme, Thomas Hammarberg, jugeait la situation inacceptable. Il semblerait que l’intention des hommes politiques de la droite italienne consiste à détourner l’attention vers d’autres personnes. La stratégie de Mauro lors du débat sur la liberté de la presse fut étonnante: il se mit alors soudainement à défendre le Parti Démocratique italien de Dario Francheschini qui serait selon lui, « la vraie victime de tout ce capharnaüm médiatique", en étant discriminé par La Repubblica en faveur du parti Italie des Valeurs, du juge Antonio di Pietro. Un classique: diviser pour mieux régner. Le prix de la fidélité : recalé deux fois en 2009 Cela fait 10 ans que Mario Mauro travaille comme eurodéputé. C’est un référent de l’aile la plus conservatrice du Peuple de la Liberté, parti fondé par Berlusconi, et en Italie, il est particulièrement connu pour ses positions à tendance homophobes. « Les résolutions contre l’homophobie dans l’UE sont des documents idéologiques qui ont peu à voir avec la tutelle concrète des Droits de l’Homme, mais plutôt avec la destruction des valeurs qui sont à l’origine de l’Union en tant que projet politique », affirme cet homme politique qui s'alarme de « la dictature laïque totalitaire ». Jusqu’au mois de juillet dernier, Mauro aspirait à la présidence du Parlement européen avec le soutien de Berlusconi et Frattini, mais ses positions catholiques radicales ont poussé les partis politiques à faire le choix du protestant polonais Jerzy Buzek. Très proche du clergé italien, il fait parti du mouvement "Comunione e Liberazione", une sorte d'Opus Dei italien, très influent dans le nord de la péninsule. Point découragé, l'ambition de Mauro s’est alors tournée vers la présidence du groupe PPE au Parlement, dirigé par Joseph Daul. Mais la droite européenne ne voulait pas de frasques berlusconiennes en Belgique, et ont donc reconduit le français au poste. Une droite italienne qui agace On ne peut pas reprocher à Mauro un manque de cohérence politique, mais ses adhésions personnelles et idéologiques lui ont valu l’ostracisme à la droite italienne en Europe. Dans les congrès européens du Parti Populaire, les seuls discours utilisés par les délégués pour sortir fumer une cigarette sont les discours de Berlusconi, comme à Varosovie en mai dernier, alors que le Premier ministre français, François Fillon et la Chancellière allemande, Angela Merkel ont eu droit à des standing ovations. Ceci dit, il ne faut pas être avare avec la solidarité, ne serait-ce que pour profiter des voix italiennes lors d’un vote serré. Ainsi, quand Mauro, devant la pression des médias et des instances judiciaires subie par Berlusconi à l’échelle internationale, a demandé de l'aide au PPE, ce dernier a accouru prompt pour déclarer à travers la bouche de Joseph Daul, devant les journalistes que « nous sommes devant un procès injuste contre le gouvernement italien. Vous, les journalistes, quand on traite ce sujet qui vous touche directement, vous n’avez pas la même attitude que quand vous vous limitez à faire de l’information. Je doute de l’honnêteté déontologique de beaucoup de journalistes ». Mais derrière cette unité de façade, des voix au sein du PPE commencent à s'élever dans les coulisses. Une partie des conservateurs européens commencent à en avoir assez de devoir couvrir leurs alliés politiques, qu'ils soient Italiens pour la liberté de la presse ou Lituaniens au sujet de l'homophobie (concernant une nouvelle loi au sujet de l'éducation nationale et la prévention contre l'homosexualité). Car si une discipline de parti est nécessaire, ces députés originaire de pays plus progressite ont aussi des comptes à rendre devant leurs électeurs et leur opinion publique. La tâche de Mauro risque donc de devenir plus complexe au prochain accrochage entre l'Italie de Berlusconi et Bruxelles. Fernando Navarro Sordo et Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 CommentsLeave a Reply | ArchivesMärz 2012 Europa451?
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