![]() La nouvelle est maintenant officielle. Jeleva Rumiana renonce au poste de Commissaire européen à l'aide humanitaire. Dans un article plus ou moins prophétique, Jean Quatremer explique les raisons de ce fiasco. Pourtant, l'infortunée commissaire désignée est avant tout la victime de luttes politiques bulgaro-bulgares. Bien sûr que derrière l'éviction de Jeleva Rumiana, il y a la volonté du Parlement européen de s'affirmer face au Conseil et ses décisions unilatérales. Et aussi, la preuve que des alliances sans le Parti populaire européen sont possibles. Pourtant, si les socialistes, verts et libéraux peuvent se féliciter de leur victoire, ils devraient aussi regarder du côté des députes européens socialistes et libéraux bulgares, qui sont finalement les grands vainqueurs et gagnants de l'histoire. En effet, lors des deux attaques concernant un possible conflit d'intérêts et une entreprise créée par les services secrets bulgares de l'époque communiste que possèderait Rumiana, l'assaut a été lancé par des membres de l'opposition bulgare : Ivaylo Kalfin pour le parti socialiste et Antonyia Parvanova pour le Mouvement national de Siméon II. Leur objectif principal n'était nullement l'émergence de la Commission européenne la plus irréprochable possible (dans ce cas, qu'ils auditionnent leurs propres partis ou alliés lors de coalition) mais plutôt d'amener le discrédit sur le gouvernement bulgare de centre droit de Boiko Borisov et son parti, le mouvement "Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie" (GERB), et ce pour des raisons évidente de politique interne. La tactique du ricochet Le GERB, lors des élections nationales de juin dernier a littéralement écrasé les socialistes (18%, plus bas score de leur histoire) et le parti de l'ancien Roi Siméon II, alors qu'ils étaient au pouvoir depuis 2005. Depuis, Borisov jouit d'une cote de popularité indécente, ne laissant que les miettes à l'opposition. C'est ainsi que les deux partis ont saisi l'occasion des auditions des commissaires et de la caisse de résonnance européenne que cela leur procureraient pour malmener le GERB et le gouvernement puisque Jeleva Rumiana était alors encore ministre des affaires étrangères. Fouillant dans son passé, ils ont ainsi trouvé quelques petites choses, assez mineures mais bien suffisantes pour Bruxelles. Porter en premier lieu des coups sur de probables conflits d'intérêts était subtil puisque toute la campagne de Borisov - et son image d'homme nouveau et intègre - portait sur la lutte contre la corruption. Faire tomber Jeleva sur ce sujet, c'était amener le discrédit aux yeux de l'opinion publique bulgare, sur tout le gouvernement et montrer que le GERB ne vaut pas mieux que tous les autres partis politiques bulgares, tous gangrénés par des affaires de corruptions, en particulier le PSB. En détruisant la bonne réputation du parti au pouvoir, les opposants comptent redorer la leur, au prix d'une image de la Bulgarie encore plus dégradée au sein de l'UE. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez lire un article écrit par un membre d'Europa451 sur le délabrement idéologique du Parti socialiste bulgare, héritier du parti communiste d'avant 1989 (disponible sur cafebabel.com). Les compétences étaient secondaires Les Bulgares font partis des citoyens les plus pro-européens de l'UE. Ils voient dans ce nouveau niveau de pouvoirs et compétences, une chance d'échapper à leur classe politique qui se soucie avant tout de ses petits intérêts avant de penser au peuple. Borisov devient ainsi celui qui a tenté de corrompre Bruxelles. Les compétences très légères de Rumiana étaient finalement le fond du problème, mais comme le démontre le peu d'importance que ce critère prend avec la candidate britannique Ashton (affaires étrangères quand même), cet argument ne fut utile que pour combler l'affaiblissement des accusations envers la Bulgare. Georgieva à la rescousse Toutefois, avec le retrait de la commissionnaire désignée, c'est l'heure du premier échec national pour Borisov. L'opposition bulgare peut ainsi crier victoire, bien aidée par les députés européens verts, socialistes et libéraux qui n'ont peut-être pas tous saisis la manœuvre. Bien sûr, le premier fautif dans tout cela est Boiko Borisov, étant celui qui a choisi d'envoyer Jeleva Rumiana à Bruxelles alors que dès le début, ses compétences étaient remises en cause (en Bulgarie tout du moins). Et la question qui se pose : pourquoi ces affaires n'ont pas été mises au clair avant, pour éviter tout faux pas, dans un milieu bruxellois très sensible à la corruption. Le nouveau nom qui circule maintenant pour obtenir le poste est celui de Kristalina Georgieva, officielle bulgare travaillant actuellement à la Banque Mondiale. Elle était pressentie au poste de ministre des finances dans le gouvernement actuel, mais c'est finalement Simeon Djankov, un autre économiste issu de même institution qui a obtenu le poste, avec qui elle possède des liens de parenté. Espérons qu'elle connaisse un meilleur sort que Jeleva. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 CommentsLeave a Reply | ArchivesMärz 2012 Europa451?
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