Le soldat Luxembourg se rebiffe-t-il ? 01/03/2010
![]() Flickr / oaø Pour beaucoup d'analystes, la nomination récente du Portugais Vito Constancio au poste de vice-président de la Banque Centrale Européenne (BCE) a ouvert une voie royale à l'Allemand Alex Weber en tant que successeur du Français Jean-Claude Trichet. Sauf qu'un autre Jean-Claude, Juncker cette fois, ne semble pas de cet avis. Au nom d'un certain équilibre des provenances (une sorte de quotas à l'européenne mais au final très peu européiste), les nominations à la tête des institutions européennes sont plus ou moins prévisibles. Par exemple, si un Portugais préside la Commission, il y a peu de chance pour qu'un de ses compatriotes siègent dans le plus haut fauteuil du Parlement européen. Et pour la BCE, malgré sa toute grande indépendance, c'est pareil. Souffler n'est pas jouer En 2011, le Français Jean-Claude Trichet quittera ses fonctions de Président de la Banque Centrale Européenne. Le candidat favori à cette succession est depuis longtemps l'Allemand Alex Weber, l'actuel Président de la Banque Centrale d'Allemagne. Sa spécialité ? La lutte contre l'inflation comme tout bon économiste germanisant qui se respecte. Ainsi, quand à la mi-février, le Portugais Vito Constancio fut désigné au poste de Vice-président de l'institution monétaire européenne, les pronostics semblaient joués d’avance : un homme du sud à la vice-présidence signifie un homme du nord/centre à sa tête. Sauf qu'une déclaration troublante est venue s'ajouter à la petite musique. Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui préside l'Eurogroupe, a déclaré sur radio Deutschlandfunk que "l'Allemagne va devoir se battre" pour obtenir le poste de président", tout en dénonçant un calcul "de courte vue. (…) Je ne plaiderai pas à tout prix pour que l'Allemagne obtienne le poste de président de la BCE." Le message a le mérite d'être clair : ce n'est pas gagné pour Berlin. Faux suspens ou vraie rébellion ? Reste à savoir pourquoi Juncker a lancé un tel pavé dans la mare, alors même que la Chancellerie allemande reste prudente, ne voulant pas précipiter les choses. Si certains peuvent y voir juste une tentative pour conserver le suspens jusqu’au bout, la possibilité est tout autre. Depuis plus d’un an, le Luxembourg a été l’allié fidèle de l’Allemagne sur l’ensemble des dossiers européens sans rien récolter en retour. Quand à l’automne 2008, en pleine crise financière, la France a proposé la mise en place d’un plan de relance européen, Juncker a soutenu la position allemande du chacun pour soi. Un an plus tard, lors des tractations autour du futur « Président de l’Union européenne », c’est encore le Luxembourg qui a « flingué » la candidature de Tony Blair au nom de Berlin. Et les positions des deux pays sont toujours communes au sein de l’Eurogroupe. En échange de tout ce soutien, le vétéran de la politique luxembourgeoise (il gouverne son pays depuis 1995) espérait obtenir un poste au sein des institutions européennes. En particulier celui de Président du Conseil européen. Pour preuve, quelques temps avant la réunion des chefs d’Etats et de gouvernements européens en novembre 2009 qui désigna Herman Van Rompuy à ce poste, il délégua ses fonctions de ministre des finances à son dauphin Luc Frieden. Ainsi il était libre de partir rapidement pour Bruxelles. Mais finalement, l’opposition de Nicolas Sarkozy à la candidature de Jean-Claude Juncker et le peu d’entrain d’Angela Merkel pour lui forcer la main ont eu raison des ambitions de cet Européen convaincu. Et pour la Banque Centrale Européenne, même chose : le candidat luxembourgeois, Yves Mersch a été écarté de la vice-présidence pour laisser la possibilité à l’Allemagne d’obtenir la présidence d’ici un an. Deuxième revers en moins de six mois. Quelles conséquences ? Il est vrai que Juncker préside toujours l’Eurogroupe et cela depuis cinq ans, mais il aspirait à autre chose. A la fois pour lui : bien que gouvernant depuis 15ans, il n’a que 55ans et espérait une deuxième carrière à Bruxelles. Mais aussi pour son pays qui n’a plus besoin de prouver son engagement pro-européen et son sérieux. Le Grand-Duché était, avant la crise, un des derniers pays à respecter les critères de Maastricht. Celui que les journaux satiriques luxembourgeois surnomment « Bokassa » laisse donc planer le doute par sa déclaration. Soit pour faire pression en vue d’obtenir autre chose (mais quoi ?) ou pour signifier clairement que le soutien quasi-permanent à l'Allemagne, sans retour, c’est fini. Que faire alors ? Se tourner vers la France ? L’animosité personnelle entre Jean-Claude Juncker et Nicolas Sarkozy risque de réduire à rien un possible rapprochement, les pays ayant aussi des pratiques financières et économiques très différentes. Quant au Bénélux, entre des Pays-Bas sans gouvernement et une Belgique minée par des années de crises politiques et querelles linguistiques, il est affaiblit. Tout cela ne laisse au final que peu d’alternativeau Luxembourg. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 CommentsLeave a Reply | ArchivesMärz 2012 Europa451?
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