![]() REPORTAGE - Les éleveurs européens s'étaient donnés rendez-vous aujourd'hui entre les bâtiments de la Commission et le Conseil européens. Au même moment, les ministres de l’Agriculture étaient réunis avec la commissaire Marian Fischer-Boel pour étudier des solutions au marché du lait. Les éleveurs réclament depuis plusieurs semaines des mesures pour obtenir au moins 50 centimes par litre vendu. Ils brandissaient la menace d'une recrudescence de leurs actions dans les prochains jours après une première grève de deux semaines, sans fournir de lait aux distributeurs du continent. Effet direct: le prix ont augmenté, mais encore trop peu. Cette haleine froide sous forme de crachât typiquement bruxellois c’est ce qui ressemble le plus à un fumigène pour des manifestants dans la rue. Cela semble de plus en plus évident qu’en choisissant cette ville comme capitale de l’Europe on évite des réchauffements civils qui débouchent en des révoltes contre les pouvoirs publics. Surtout si lorsque nous parlons d’agriculteurs européens, un collectif pas tout à fait connu pour sa cohésion., chaque nationalité se méfiant de la voisine et de ses tomates plus rouges que rouges... ![]() Le peu de manifestants présents ne laisserait pas penser que le secteur du lait survit depuis près d'un an avec moins de 40 centimes par litre de lait à la vente. Europa451 n'a compté qu'entre 300 et 400 agriculteurs. Les CRS belges devaient eux être aussi nombreux si ce n'est plus. Pas trendy, le lait « Nous sommes suffisament nombreux pour faire le bruit qu’il faut et que notre voix soit entendue. Il faut savoir que les paysans ont besoin de traire les vaches au moins deux fois par semaine et que c’est compliqué de s’organiser pour ce genre de déplacements », déclare un membre italien de Via Campesina, une organisation globale de petits producteurs qui exigent la souveraineté alimentaire pour chaque territoire. Nombre d’entre eux ont parcouru 1500 kilomètres en bus depuis l’Allemagne ou l’Espagne pour être à Bruxelles. En tout cas, peu importe le chiffre : ils ont la conviction que l’opinion publique est avec eux. Selon la confédération espagnole des producteurs de lait (PROLEC), chaque éleveur perd 4 centimes par litre vendu par rapport à son coût de production. L’objectif immédiat est d’atteindre le seuil des 0,50 euros par litre vendu. Le prix du lait, comme celui des autres matières premières en Europe, chute depuis un an, en parallèle à la baisse de la consommation. Et il faut encore ajouter une vague de décrédibilisation à l’égard des produits laitiers, de plus en plus assimilés –à tort ou à raison- avec des problèmes cardiovasculaires ou intestinaux. Une chose est certaine : le lait que nous achetons dans les supermarchés c’est de plus en plus du soja, des protéines de laboratoire, du maïs et d’autres légumineuses, et de moins en moins du lait en provenance directe de la vache. Surproduction et distribution monopolistique Ceci dit, le problème de ce secteur est complexe. La surproduction, d’un côté, pousse les éleveurs à demander de l’UE un système qui garantisse une baisse entre 5% et 10% selon les réalités nationales La France, par exemple, exportatrice de lait, devrait s’atteler à une baisse de 10%, tandis que l’Espagne, importateur net, ne souhaite qu'une diminution de 5%. Ceci implique de maintenir le système actuel des quotas et de la production subventionnée. En revanche, ce que prône la libérale Marian Fischer-Boel, commissaire de l’Agriculture, c’est la fin des quotas pour 2015, pour que ce soit le marché qui fixe les prix et les quantités à produire. Cette commissaire en fin de mandat et avec peu de pouvoir pour prendre les mesures nécessaires, considère qu’en Europe les coûts de production sont trop élevés. Elle est scandalisée de voir les éleveurs organiser des sessions médiatiques où l’on verse massivement du lait sur la voie publique : elle a peur pour « l’image que nos projetons en Amérique Latine ou en Afrique quand ils voient qu’en Europe nous jetons à la poubelle du lait pour réclamer des subventions que dans ces autres latitudes ils ne pourront jamais se permettre ». Ce que Fischer-Boel oublie c’est que beaucoup d’éleveurs se sont endetté pendant la période du système des quotas de production par pays en achetant des droits de quotas à long terme, et craignent d’avoir jeté l’argent par la fenêtre. Autre problème pour les producteurs: la distribution est contrôlée de façon presque monopolistique dans chaque pays. De sorte que grandes et petites exploitations souffrent dans la même mesure du pouvoir de fixation des prix imposé par les intermédiaires. Les agriculteurs se sentent pris au piège. Levez la main ceux qui veulent être éleveur ! ![]() Dans une telle situation, qui voudrait prendre la rélève générationnelle, dans un profession qui frôle les 60 ans de moyenne d'âge selon PROLEC (fédération des producteurs laitiers espagnols). « Je suis éleveuse en Hollande. C’est la cinquième génération dans ma famille consacrée à ce mode de vie. Ma fille veut continuer avec l’exploitation, mais elle craint de ne pas disposer de suffisantes ressources », nous explique, plein d’énergie, Joka Visser, la cinquantaine déjà, et qui s’occupe aujourd’hui de faire le relais entre ceux qui veulent monter à l’estrade pour dire quelques mots de soutien et les organisateurs. Divorcés des hommes politiques Tout d’un coup, c’est l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, qui arrive en annonçant vouloir prendre le micro. « C’est les ministres qu’on veut écouter, c’est eux qui décident! », s'entend parmi les petits atroupements qui se forment pour se tenir chaud et partager les casse-croûtes accompagnés de quelques bouteilles de verre. L’agressivité monte alors d’un petit cran. Ce sont des bouteilles de lait qui survolent les têtes des policiers qui forment une haie face aux manifestants. Des pétards de temps à autre, un petit feu au bois de caissons. Les sirènes en réponse dans une espèce de bataille de testostérone classique dans ces rencontres. Les discours s’enflent et on applaudit avec plus de ferveur qu’au début. « Si les politiques veulent la guerre, on est prêt à y aller et la gagner !", s’encourageait un des représentants allemands, le micro à la main. « Si les politiques ne servent pas, et bien qu'on les change », suggérait un italien. Il aurait pu le dire avant les élections européennes qui viennent de se passer et qui ont très bien marché pour les conservateurs et les libéraux. « Le premier ministre suédois n’aime pas les paysans et préfère que nous voir produire des matières premières pour rien que de réagir ! », insistait l’europarlementaire José Bové en se référant à la présidence tournante de l’UE et le libéral Fredrik Reinfeldt. ![]() To be continued… Si cette fois, l’European Milk Board, qui rassemble 140 000 éleveurs, n’a ramené à Bruxelles qu’une poignée de tracteurs et quelques centaines de personnes, un autre rendez-vous plus important se tiendra au Luxembourg, le 19 Octobre. Les ministres de l’Agriculture se réuniront une dernière fois pour prendre des décisions fermes sur le secteur. La France fait pression pour aider les éleveurs mais Fischer-Boel n’envisage pas de nouvelles mesures, autres que celles qu’elle a déjà proposé aux gouvernements : éliminer les quotas et oublier les subventions. Les éleveurs plus ou moins l'inverse. Fernando Navarro Europa451 CommentsLeave a Reply | Catégories:
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