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Les négociations de couloirs et dinatoires auront finalement durées moins longtemps que prévues. En un peu plus d'une heure, les chefs d'Etats et de gouvernements de l'UE ont désigné le Président du Conseil européen et le Haut représentant en politique étrangère. Une nouvelle pourtant peu réjouissante pour l'avenir de l'Europe.

Dans les années 90 a émergé dans le monde académique des relations internationales, un nouveau concept. Celui du "soft power" ou "pouvoir doux" en français. Ce terme désigne la capacité d'un acteur politique d'influencer la scène internationale ou obtenir quelque chose, sans avoir recours à des moyens de coercitions. A l'inverse, se trouve le "hard power", qui lui utilise des moyens directs, militaires pour ne citer que les plus radicaux.

Une puissance sans puissance

L'entité politique mondiale définissant le mieux ce pouvoir de la douceur est l'Union européenne. Première puissance économique mondiale en termes de PIB, regroupant près d'un demi-milliard d'individus, elle cherche avant tout à influencer les négociations internationales en utilisant les règles de droit, voire en les implantant là où elles sont bafouées. Les nombreuses missions de la paix sponsorisées par l'UE en sont la meilleure preuve.

Ce particularisme est en parti dû au fait que les moyens de coercitions échappent encore en grande partie à Bruxelles, les gouvernements nationaux gardant la main sur la politique étrangère et l'usage de la force, qu'elle soit civile ou militaire.

La tuer dans l'oeuf

Or, l'Union européenne aspire à une place de choix au sein du jeu mondial, par l'intermédiaire de ses membres qui voient leur influence diminuer au fur et à mesure que de nouvelles puissances émergent. Depuis que le changement climatique est devenu un sujet de discussion international, l'UE cherche à s'imposer en tant que leader et exemple pour le reste de la planète. Même chose sur le plan de la sécurité: intervention au Tchad avec l'Eufor, ou l'opération Atalanta au large des côtes somaliennes. Les signaux sont encore peu clairs, mais les vieilles nations d'Europe voudraient encore être prises au sérieux.

Pourtant, c'est tout cela qui vient d'être tué, ce 19 novembre 2009 quand lors d'un diner au Conseil, le nom de Herman Van Rumpuy et Catherine Ashton ont été acceptés. Ces deux personnages aux postes respectifs de Président permanent du Conseil européen et de Haut représentant en politique étrangère, c'est l'affirmation de la volonté de faiblesse volontaire de l'UE, de sa démission au nom de la sauvegarde des pouvoirs personnels de nos chefs d'Etat qui ne veulent pas être dérangés dans leurs petits arrangements. L'UE vient d'inventer un nouveau concept: le weak power…Un isolationnisme à l'européenne: nous aurions la possibilité d'acter sur le jeu mondial et nous le voulons, mais toutes les chances d'y arriver sont systématiquement annihilées par nous-mêmes. Nous nous auto-neutralisons. Par le refus ou la peur qu'éprouvent les chefs d'Etat à aller plus loin dans l'intégration, seul moyen pour rester un "power". L'Europe refuse d'assumer, de s'armer de courage politique.

Tout le monde s'accorde à dire que le projet a besoin d'une relance, mais personne ne le fait. Le Traité de Lisbonne ne résoudra rien par lui-même. Il faut les hommes qui vont avec.

La faiblesse, nouvelle qualité politique

Il n'est écrit nulle part qu'un soft power se doit par la même occasion d'être un pouvoir faible. Or c'est que représentent Van Rumpuy et Ashton. Le premier, en tant que futur ancien Premier ministre belge est le symbole de la culture du compromis, du consensus, de l'absence assurée de vagues ou d'initiatives trop révolutionnaires. Il a réussi à faire vivre Flamands et Wallons ensemble pendant un an et demi, en enterrant certains dossiers (BHV par exemple), pourquoi pas 27 nations.

Concernant Catherine Ashton, le poteau rose est encore plus flagrant. Pur produit des années Blair (son ascension date de cette époque), c'est une spécialiste avant tout en éducation et business. Un rapide coup d'œil sur son cv ne fait aucun doute la dessus. Alors pourquoi mettre quelqu'un qui n'a aucune expérience en relations internationales à un poste si stratégique, si ce n'est pour le torpiller et le rendre insignifiant? Javier Solana, le Haut représentant sortant avait au moins le mérite d'être l'ancien patron de l'OTAN. Or avec une britannique à la tête de la diplomatie européenne, tout en étant sûr qu'elle appellera Londres (donc Washington) avant de bouger, elle se contentera par ailleurs de faire le suivi administratif, rien de plus.

Aucun de ces deux personnages ne sont charismatiques, ni connu du public européen et encore moins des autres chefs d'Etats du monde. Ils représentent la faiblesse et ont été choisi pour ce défaut qui devient une qualité sur notre continent. Qui pense vraiment qu'Obama ou Poutine appelleront Van Rumpuy ou Ashton pour parler à l'Europe ? Berlin, Londres et Paris resteront les trois numéros nécessaires. Bruxelles restera un ghetto isolé.

L'hypocrisie du Mur

C'est là toute l'hypocrisie de nos dirigeants, chefs de chantier de la construction européenne. Avec les 20 ans du 9 novembre 1989, nous avons pu entendre les plus beaux discours possibles et imaginables sur l'Europe, son unité retrouvée, son avenir commun et les défis qu'elle doit relever pour perdurer avec ses idéaux dans le XXIème siècle. Merkel et Sarkozy en ont même rajouté une couche avec le 11 novembre, la réconciliation franco-allemande, de nouveaux projets, un ministre commun, etc.

Ils viennent là de montrer leurs vrais visages: l'UE, cela ne les intéresse que pour les fonds régionaux ou agricoles qu'ils peuvent ramener à la maison et les beaux discours d'anniversaire sous la pluie. Rien de plus. L'amitié et la solidarité européenne ne sont que de façade. La méfiance règne entre tous. Les Polonais se méfient toujours des ambitions allemandes, les Britanniques sont membres par défaut et craignent le fédéralisme comme la peste, les Français voient leur couple et leadership franco-allemand menacé par l'Est, les petits ont peur de se faire manger par les gros, les pays ayant souffert du communisme se considèrent comme méprisé par l'Ouest, etc.

La vassalité annoncée

Tous sont conscients que seuls ils ne comptent plus dans le jeu international, qu'Obama les trouve insignifiant, que les Russes les méprisent et que les Chinois n'en veulent qu'à leur technologie, mais sont encore trop fiers et sûrs de leur bon droit pour ne pas voir l'opportunité que constitue l'Union et qu'ils viennent de rater une chance historique.

Une chance historique de relancer le projet qui est essoufflé par 10ans de négociations et réformes institutionnelles bancales et des élargissements successifs doublant le nombre de ses membres. Une chance historique de pousser l'UE vers la scène internationale, d'en faire un acteur véritable et responsable, assumant sa place. Pourtant, avec ces deux nominations, complétant celle de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission en septembre, c'est bien une Europe vassale de ses membres, de ses petits intérêts personnels/nationaux, d'elle-même qui se dessine. Une Europe qui n'a aucun projet d'avenir si ce n'est celui de vivre de ses maigres acquis et de se présenter comme un espace géographique rempli de bonnes intentions où il fait bon vivre. Une Europe qui ne tardera pas à se faire marginaliser par des acteurs bien plus sérieux qu'elle.

L'abdication. Comme un goût de Munich.

Jean-Sébastien Lefebvre
Europa451 

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Comments

Agnès

Fri, 20 Nov 2009 03:26:44

Je suis tout à fait d'accord... "un poteau rose" difficile à digérer.

 

Agnès

Fri, 20 Nov 2009 03:28:08

PS: si vous pouviez insérer des moyens de partage des articles (facebook, twitter...), je pense que ça serait profitable pour tout le monde: plus de lecteurs pour vous, plus de lectures intéressantes pour les internautes ;)

 

Fri, 20 Nov 2009 05:10:21

C'est prévu dans les améliorations à venir du site...nous travaillons dessus. Juste besoin d'encore un peu de patiente.

 

Massimiliano

Fri, 20 Nov 2009 05:54:03

Absolument d'accord. L'analyse est conduite avec rigueur et sans peur
de donner une vision reélle de l'UE.
je dirais "bravo!", si le contenus n'était pas au aussi décourageant.

 

Marie-Hélène

Mon, 23 Nov 2009 06:36:41


:D

c'est quoi le dossier "Bernard Henry Lévy"??

Le fameux dossier sur lequel nous négocions pour le moment, c'est "Brussel-Halle-Vilvoorde" (BHV). ;)

En Belgique on n'utilise pas le concept de soft-power mais celui de consociation, qui s'oppose au système majoritaire. Une histoire de circonscriptions électorales (au coeur de laquelle le dossier sus-mentionné) et de culture politique.

Suis dispo pour des cours de rattrapage aux néo-arrivants :p ).

 

Mon, 23 Nov 2009 06:53:33

Erreur de lettre corrigée.

Pourquoi faire un lien entre soft power et consociation ? Ce n'est pas le même domaine. Consociation reflète une situation interne, et soft power, la situation sur le plan international. Il peut avoir des liens et des conséquences, mais ce n'est pas le sujet de l'article.

 



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