![]() Voilà, c'est fait. L'Europe et le Monde viennent de célébrer les 20ans de la chute du Mur. Au lendemain de l'évènement, les Allemands se sont réveillés avec la gueule de bois et la réunification en perspective. Toutefois, l'idée de revoir une Allemagne unie et forte n'était pas du goût de tous. Surtout chez ses proches partenaires. « J’apprécie tellement les Allemands que je préfère qu’il y ait deux Allemagnes plutôt que une », a déclaré un jour la Première ministre conservatrice du Royaume Uni, Margaret Thatcher. Cette position tranche avec celle du chancelier de l’Allemagne fédérale de 1989, le démocrate-chrétien Helmut Kohl qui avait exprimé son souhait que les deux Allemagne fussent un jour une seule. Toutefois la position du Royaume-Uni, mêlée de crainte et de scepticisme n'était pas isolée en Europe. Le dirigeant de l’Italie, Giulio Andreotti, pays qui s’était embarqué en allié avec son voisin du nord dans les aventures guerrières des années 40, se méfiait d’une nouvelle unification allemande, craignant une « renaissance du pangermanisme ». De l'autre côté des Alpes, le Président français , François Mitterrand, tout en se prenant en photo avec Kohl de la main pendant des commémorations lacrymales à la vue du monde entier, insistait que « la question des frontières n'était pas parmi les priorités ». Il faut dire que la France avait largement payé les factures pendant le siècle dernier des guerres déclarées par son voisin germanique et qu’il existait encore une génération de vétérans gaulois qui manifestait au quotidien son rejet à l’amitié franco-allemande au sein de l’Europe. Mais pour en revenir à la Première ministre britannique, elle arriva même à suggérer à Gorbatchev que l’URSS devait éviter ou retarder la réunification allemande. Ceci dit, ce qui faisait surtout peur à cette dame de fer c’était le potentiel économique allemand pourrait éclipser le projet libéral que le Royaume Uni voulait étendre au reste de l’Europe. Une Europe qui voyait approcher le Traité de Maastricht, le marché unique, la monnaie unique et le risque de devoir augmenter le budget de la solidarité de l’UE destiné à la redistribution dans le continent. Des amis et des intérêts à négocier D’une certaine façon, Thatcher avait raison. À peine un an après la chute du mur, l’Allemagne s’était déjà réunifiée et le plus important dans cette opération hisotorique était la facture énorme qui en découler pour financer le rattrapage économique après 40ans de communisme. Face à la méfiance des ses trois grands voisins européens, Helmut Kohl a du chercher des alliés ailleurs. Ces soutiens, Kohl les a trouvé en premier lieu auprès du Bénélux, et ensuite chez le Président républicain des États Unis, George Bush père. Sans oublier un autre pays, nouvellement accroché à l'Europe et qui avait grand besoin d’inclure dans le Traité de Maastricht une politique de redistribution des richesses à un niveau européen pour être compétitif dans le futur marché unique : l’Espagne du socialiste Felipe González. Ce dernier avait également soutenu l’éventuelle installation de missiles sur le sol allemand en cas de danger venant de l’Est. En échange, l’Allemagne non seulement devrait financer la reconstruction des six états de l’Est, mais aussi les fonds de cohésion que l’espagnol González, le portugais Soares et le président de la Commission européenne, Delors, –tous socialistes- défendaient pour la nouvelle Europe. Vingt après, l’unification, loin de créer une hégémonie allemande sur le continent a surtout handicapé le pays qui a du transférer 1300 milliards d'euros vers les nouveaux Landers. Quant aux nationalismes, ils sont plutôt venus des autres pays de l’Est européen, du Royaume Uni ou de l’Irlande, obsédés par leur souveraineté nationale face à l’avancée de la construction européenne. Quant au budget de l'UE, il atteint toujous péniblement les 1% du PIB européen et si l'Allemagne panse ses plaies de la division petit à petit, ce sont aujourd'hui d'autres pays qui se fissurent petit à petit en deux. Juste à titre d'exemples: l'Italie, ou la Belgique. Fernando Navarro Sordo Europa451 Add Comment Europa451 chez Slate.fr 11/10/2009
![]() L'article d'Europa451, sur le débat français autour de l'identité nationale a été repris dans les colonnes du magazine Internet, Slate.fr, sous le titre : "L'Europe fait partie de l'identité française". Participez au débat au bas de leurs colonnes. ![]() (Flickr/y.caradec) Embourbé dans des affaires scandalo-buzzantes, le gouvernement français a misé sur un débat haut en couleurs pour détourner l'attention médiatique et populaire: l'identité nationale. Succès assuré en ces temps de crise, mais rien de nouveau à l'heure de la construction européenne. En Espagne, le thème de l'identité nationale revient très régulièrement dans les médias. La faute aux régionalismes catalan et basque qui parfois mettent à mal l'Etat espagnol. En France, c'est plus rare, mais assez ponctuel, correspondant souvent à des périodes troublées ou pré-électorales. Car si la France se veut universelle, elle aime aussi fixer ses propres règles. Les euro-députés embrigadés Lors de l'annonce de ce débat par le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Eric Besson, ce dernier a tenu à préciser que les élus seront mis à contribution, dont les députés européens. Intéressant. Scrutant la presse depuis plusieurs jours, Europa451 trouve néanmoins que si les anciens discours sont de retour, l'aspect innovateur de l'Europe est très absent. Car peut-on encore en 2009 considérer que l'identité française est un vase clos national alors que les interactions avec nos voisins et partenaires n'ont jamais été si grandes ? En ce moment même, Nicolas Sarkozy pense et veut transformer le 11 novembre, jour symbole par excellence du sacrifice du soldat citoyen français, en journée franco-allemande. Il ne faudrait pas oublier que l'identité française s'est largement construite en opposition à celle de ses cousins germains. Ils ont misé sur le sang. Ernest Renan en 1883 avec son discours devant la Sorbonne a pris le contre-pied en misant sur l'adhésion à des valeurs, avec ce fameux "plébiscite de tous les jours". 1992, année citoyenne Depuis nos frontières sont tombées, plus rapidement qu'elles n'ont été construites. Aujourd'hui, une simple carte d'identité suffit pour aller de Lisbonne à Helsinki. Ce que ne manquent pas de faire une jeunesse qui explore les possibilités de la mobilité estudiantine ou professionnelle à grand renfort de multilinguisme. L'exemple souvent évoqué de Bruxelles et son quartier européen n'est qu'une partie de l'iceberg. Dans ce joyeux capharnaüm, les Français ne sont pas en reste, ni repliés sur leur vieille nation comme pourraient le croire certains. Ils sont les plus nombreux à participer au programme Erasmus, et les expatriés se comptent par milliers: 300 000 au Royaume-Uni, 200 000 en Belgique, 160 000 en Allemagne, 82 000 en Espagne, 5000 en Pologne, etc. Tous ceux-là (et bien d'autres) ont compris que si leur nationalité est française, leur citoyenneté est européenne. Et ce, depuis 1992 et le Traité de Maastricht, article 8 : 1. Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre. 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par le présent traité. » En découle alors des droits (nombreux mais encore limités sous certaines conditions) et de devoirs (encore non définit mais répétés dans la Charte des droits fondamentaux). C’est finalement là que se situe tout l’enjeu : dans ce nouvel équilibre entre nationalité et citoyenneté puisque le traité est clair : avoir une nationalité d’un Etat membre de l’UE vous confère automatiquement la citoyenneté européenne. Les pourfendeurs de l'Europe diront que cela est artificiel, mais venant d'un Français, cela serait cocasse puisque l'identité française a été construite principalement par l'Etat centraliste, sacrifiant les particularismes régionaux. Tous Français ? Le XIXème a justement permis l’émergence de l’Etat-nation, concept dans lequel la nationalité et la citoyenneté sont mêlés, expliquant la fin d’Empires comme celui de l’Autriche ou Ottoman, ne pouvant s’y conformer. Or, depuis 1945, il y a un décollement progressif entre les deux. D’abord de traité en traité, puis aujourd’hui dans la vie quotidienne, la citoyenneté échappe de plus en plus à nos vieux Etats, étant remplacés par l’Union européenne : Cour de justice des communautés européennes, Parlement européen, Charte européenne des droits fondamentaux. Ce sont ces organes qui aujourd’hui protègent le citoyen, pouvant recadrer un Etat niant les principes européens dans ses actes. Et c’est là qu’on peut apercevoir la faiblesse du débat français. Beaucoup déclarent depuis plusieurs jours qu’être Français signifie être attaché aux valeurs démocratiques, aux droits de l’Homme, à la liberté. Si tel est le cas, l’Europe entière est française. Ces valeurs sont celles de tout un continent (et même plus), et pas seulement d’une nation. Tenir de tels discours était possible quand une moitié d’Européens vivait sous jougs communistes ou que les régimes fascistes étaient plus nombreux que les démocraties. Mais en 2009, cela ne tient plus la route. De nouveaux facteurs sont à prendre en compte. Une migration verticale La difficulté est que ce phénomène est vertical, allant vers le haut, vers la création d’un nouvel ensemble, plus grand que les précédents, alors que la tendance actuelle est inverse. Depuis plusieurs années, nous assistons au développement d’identités individuelles, horizontales : sexuelle, religieuse, régionale, etc. A l’heure d’une mondialisation et d’une plus grande inter-connectivité de notre planète, le repli sur soi est une valeur refuge. Miser sur la citoyenneté européenne est donc un pari, avec une assez mauvaise cote. Surtout que cela réduit la définition « d’être Français », sans pourtant la remplacer. Mais au lieu de ressasser les vieilles gloires, les vieux rêves - le tout gangrené par une certaine nostalgie d'antan, symbole d'une société française perturbée par le monde qui change - l'intérêt du débat ne serait-il pas rehaussé en évoquant, cherchant l'avenir ? Pour tous ceux qui ont fait l’expérience, il est souvent plus facile de se sentir français lors de séjour à l’étranger que chez soi. Puisqu’à ce moment, sa propre identité, même inconsciente, est confrontée à l’Autre. En 2009, France et les Français ne peuvent ni ne doivent se définir sans l’élément européen, devenu central. Et à partir de là, il devient plus évident de voir qu’être Français est plus la somme de certains us et coutumes (célébrer l’épiphanie par exemple), de concepts particuliers (la relation avec l’Etat) et leur hiérarchisation (la société française privilégie l’égalité alors que les Britanniques sont plus portés sur la liberté), de points de référence (avoir lu Molière à l’école ou rire aux Guignols de l’info) ou de conceptions bien à vous (un seul verbe aimer chez les Français, deux chez les Allemands) qui font votre identité nationale. Car le reste dépend de votre citoyenneté. Et pour les Français comme pour les Allemands, les Polonais, les Espagnols ou les Bulgares, elle est maintenant européenne. C’est dans ce cadre que la France et ses habitants doivent aujourd’hui se repenser leur identité et débattre. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 Se déclarer contre un accord international sur le changement climatique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre est aujourd'hui un exercice dangereux et probablement risqué pour tous politiciens. Pourtant la Pologne menace l'UE de son veto si l'addition lui semble trop salée. Ses positions n'ont pas fléchi lors du dernier Conseil européen. Au contraire. Rzeczpospolita, un des grands quotidiens polonais citait il y a quelques jours, un diplomate au sujet des négociations pré-Copenhague, pour qui "un veto polonais est une possibilité, dans les conditions actuelles". Raison d'une telle détermination? Les nouvelles mesures européennes doivent en effet permettre à l'UE de financer des projets "verts" à destination des pays en voie de développement en taxant ses membres. L'enveloppe mondiale devrait se situer autour de 100 milliards par an, la part de l'UE n'ayant pas encore été décidé. Sur le fond, la Pologne soutient le projet. Sur la forme, le pays n'a pas envie de payer, ou alors le moins possible. Quel mode de calcul ? L'idée première aurait été de taxer les pollueurs. Système simple et qui parait logique. Or, nombre de pays, dont en premier lieu la Pologne, protestent contre quelque chose qu'ils jugent injuste. Leur raisonnement est le suivant : les pays les plus riches de l'UE ont eu les moyens de faire les investissements nécessaires pour réduire leurs émissions de Co2. La France avec son nucléaire. D'autres avec des énergies alternatives. Or, les pays d'Europe Centrale et de l'Est, plus occupés à gérer un retour vers l'économie de marché durant ces dernières années tout en liquidant le communisme, sont en retard et tirent leur énergie de sources fossiles, grosses émettrices de carbone comme le charbon ou le gaz. La Pologne qui ne possède aucune centrale nucléaire (des projets sont à l'étude), produit ainsi 90% de son électricité avec du charbon, en provenance de sa région de Silésie. Autrement dit: si le pollueur devient payeur, les finances de Varsovie vont en prendre un coup. Coût estimé pour le gouvernement: 1.8 milliard d'euros par an. D'où la menace de tout faire capoter si un mode de calcul plus élaboré (et plus favorable aux pollueurs) n'est pas mis en place. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, souhaite que le taux de taxation prenne aussi en compte le PIB et les particularités nationales. Pologne = Suède Le ministre polonais des affaires européennes, Mikołaj Dowgielewicz, a déclaré que s'il souhaitait un accord, il voulait qu'il soit "juste". En ajoutant aussi que "les Etats les moins nantis ne doivent pas payer pour ceux qui le sont : la Pologne ne doit pas payer plus que la Suède". Pourquoi une telle comparaison ? Car le PIB des deux pays est proche: 527 milliards de dollars pour la Pologne contre 478 pour la Suède. Or en ce qui concerne le niveau d'émission de carbone, la différence est un peu plus prononcée : 8 tonnes par habitant pour la première, contre seulement 5,5 pour la seconde. Et il serait erroné de penser que les grands pays riches de l'UE seraient favorisés par un calcul du pollueur/payeur. Car, c'est l'Allemagne qui en Europe produit le plus de Co2, avec pas moins de 9 tonnes par habitant soit 808 millions de tonnes par an. Cela s'explique par l'arrêt du développement du nucléaire et le recours au charbon et au gaz pour produire de l'électricité. La France à l'inverse, avec ses 6tonnes par an par habitant, s'en sortirait à un prix raisonnable. Deuxième point de frictions En fouillant, il y a un autre sujet sur lequel les pays de l'Est font les gros yeux à l'Ouest : cela concerne les "Unités de quantité attribuées" (UQA). Ces bons (un crédit = une tonne), créés par le protocole de Kyoto sont des droits à polluer. Chaque état en possédant un certain nombre par an. Du fait de la désindustrialisation massive des anciens pays communistes, ils en détiennent en surplus. Qu'en faire? Les Etats détenteurs voudraient pouvoir les vendre, conscient des milliards que cela pourrait représenter. Or, les quantités disponibles à la vente dans les années à venir seront tellement considérables (5 milliards pour la Russie sur 2008-2013, 2.2 pour l'Europe Centrale et 2.4 rien que pour l'Ukraine, voire plus) qu'elles menacent les efforts des autres pays et la viabilité du marché du carbone: il reviendrait en effet bien moins cher d'acheter des droits à polluer que de payer les amendes. Certains avancent l'injustice d'une possible suppression de ces crédits: pourquoi les pays qui font des efforts pour réduire leurs émissions devraient-ils être désavantagés? Si la question est valable pour les UQA, elle pourrait être retournée en ce qui concerne la participation au budget européen pour la lutte contre le changement climatique. Pourquoi ceux qui polluent moins devraient payer pour les pollueurs? Surtout que ces excédants de quotas ne sont pas le résultat, dans leur immense majorité, de politiques vertes ou de transformation de l'économie, mais comme nous l'avons déjà souligné, de la fermeture d'usines pour raisons économiques. Vive la solidarité européenne Craignant que ces crédits soient tout simplement annulés et donc perdus (avec l'argent qui va avec), les pays de l'Est de l'Europe tentent de faire pression auprès de l'UE. La Hongrie accepterait par exemple que ses crédits soient rachetés par le budget communautaire. Avantageux pour eux, un peu moins pour les finances européennes, déjà à mal avec la crise économique. Il y a de cela deux semaines,, le ministre polonais des affaires européennes, Dowgielewicz a trouvé la formule magique alors que les négociations piétinent au conseil: "si un ministre d'un Etat membre ne comprend pas pourquoi les pays plus pauvre devraient payer moins que les riches, alors il ne semble ne pas comprendre le sens de la solidarité européenne". Allez, reste à la Commission de nous trouver un joli compromis. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 | Catégories:
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