
Depuis quelques jours le petit monde médiatique et politique français s’enflamme à l’idée de François Fillon serait assez smart pour remplacer José Manuel Barroso à la tête de la Commission, si ce dernier se faisait expulser de Bruxelles par les parlementaires européens en crise d’adolescence ou les Irlandais en rébellion ouverte.
Devant le possible incendie qu’une annonce officielle de l’actuel Premier ministre français pourrait provoquer, puisque la France soutient avec ses 26 partenaires le candidat portugais, Pierre Lelouche – secrétaire d’Etat aux Affaires européennes – a cru bon de rappeler dans une interview au quotidien La Croix que « la France ne brigue pas la présidence de la Commission ».
Concurrence européenne
Mais derrière cette annonce, une question n’a été que peu posée dans les médias français. Assez simple au fond : pourquoi la France ne peut de toute façon pas briguer ce poste ? Certains rêvent peut-être du temps béni de la Commission Delors et de ses projets audacieux, mais un Français au treizième étage du Berlaymont, ce n’est pas pour tout de suite.
La raison première est la sur-représentation des Français dans les instances internationales et européenne en général. Pascal Lamy à l’Organisation Mondiale du Commerce, Dominique Strauss-Khan à la tête du Fonds Monétaire International et Jean-Claude Trichet président de la Banque Centrale Européenne. Cela fait déjà pas mal pour un pays de 65 millions d’habitants.
Car la concurrence entre les pays pour obtenir ces postes est rude. Dernièrement c’est la Pologne qui remué ciel et terre pour obtenir la Présidence du Parlement européen, après un échec cinglant à l’OTAN (récupéré par le Danemark). Il semble donc évident que mettre François Fillon à la Commission reviendrait à faire d’un sommet international, une annexe de café parisien…
Double je(ux)
Ensuite, quelle serait la réaction des autres membres de l’UE, d’avoir un ancien Premier ministre de Sarkozy à ce poste ? Si officiellement selon les traités, les commissaires ne représentent nullement un pays, mais doivent travailler dans l’intérêt général, il ne faut pas leurrer. Allez donc tenter d’expliquer que Fillon, fidèle bras droit et porte flingue du Président français depuis deux ans ne sera plus sensible à son ancien patron…
Pour démontrer l’ambivalence de l’appartenance nationale ou non des Commissaires, il suffit de relire les mots de Pierre Lellouche dans l’interview de La Croix, répondant à la question : « C’est bien le poste de commissaire européen au marché intérieur qu’elle revendique ? »
Réponse : « Ceci relève des négociations entre le président de la République, les autres chefs d’État et de gouvernement et le président de la Commission. Il peut y avoir d’autres options. La France émet des souhaits. Elle soutient, par exemple, la Roumanie, qui demande le poste de commissaire à l’agriculture. Mais aucun État ne peut revendiquer la propriété d’un siège. La Commission est indépendante ».
Dans le même paragraphe, il nous explique que la France espère tel poste, mais que la Commission est indépendante. Autrement dit, si Paris veut le marché intérieur, c’est juste pour faire joli sur le CV de Michel Barnier (le prétendant le plus probable en tant que commissaire français) ? Pareil pour nos amis Roumains ? Pas vraiment en réalité. Le prisme national est présent dans la Commission, que les traités le veuillent ou non et les Etats cherchent à influencer les politiques européennes par ce biais.
Barroso, what else ?
Et enfin, pourquoi vouloir quelqu’un d’autre que Barroso ? L’état d’esprit actuel des gouvernements européens est un arrêt des transferts de souveraineté, de miser sur l’inter gouvernementalisme d’où l’avantage d’une Commission tenu par quelqu’un qui ne fait pas de remous, venant d’un petit Etat membre. Mettre un Français, c’est le risque de revoir ce construire d’ambitieux projets franco-allemands, ce que les Britanniques et leurs alliés verraient d’un mauvais œil.
Malgré les vagues actuelles et les réticences de certains euro-parlementaires, José Manuel Barroso semble bel et bien en piste pour une deuxième danse.
Jean-Sébastien Lefebvre
Europa451
Devant le possible incendie qu’une annonce officielle de l’actuel Premier ministre français pourrait provoquer, puisque la France soutient avec ses 26 partenaires le candidat portugais, Pierre Lelouche – secrétaire d’Etat aux Affaires européennes – a cru bon de rappeler dans une interview au quotidien La Croix que « la France ne brigue pas la présidence de la Commission ».
Concurrence européenne
Mais derrière cette annonce, une question n’a été que peu posée dans les médias français. Assez simple au fond : pourquoi la France ne peut de toute façon pas briguer ce poste ? Certains rêvent peut-être du temps béni de la Commission Delors et de ses projets audacieux, mais un Français au treizième étage du Berlaymont, ce n’est pas pour tout de suite.
La raison première est la sur-représentation des Français dans les instances internationales et européenne en général. Pascal Lamy à l’Organisation Mondiale du Commerce, Dominique Strauss-Khan à la tête du Fonds Monétaire International et Jean-Claude Trichet président de la Banque Centrale Européenne. Cela fait déjà pas mal pour un pays de 65 millions d’habitants.
Car la concurrence entre les pays pour obtenir ces postes est rude. Dernièrement c’est la Pologne qui remué ciel et terre pour obtenir la Présidence du Parlement européen, après un échec cinglant à l’OTAN (récupéré par le Danemark). Il semble donc évident que mettre François Fillon à la Commission reviendrait à faire d’un sommet international, une annexe de café parisien…
Double je(ux)
Ensuite, quelle serait la réaction des autres membres de l’UE, d’avoir un ancien Premier ministre de Sarkozy à ce poste ? Si officiellement selon les traités, les commissaires ne représentent nullement un pays, mais doivent travailler dans l’intérêt général, il ne faut pas leurrer. Allez donc tenter d’expliquer que Fillon, fidèle bras droit et porte flingue du Président français depuis deux ans ne sera plus sensible à son ancien patron…
Pour démontrer l’ambivalence de l’appartenance nationale ou non des Commissaires, il suffit de relire les mots de Pierre Lellouche dans l’interview de La Croix, répondant à la question : « C’est bien le poste de commissaire européen au marché intérieur qu’elle revendique ? »
Réponse : « Ceci relève des négociations entre le président de la République, les autres chefs d’État et de gouvernement et le président de la Commission. Il peut y avoir d’autres options. La France émet des souhaits. Elle soutient, par exemple, la Roumanie, qui demande le poste de commissaire à l’agriculture. Mais aucun État ne peut revendiquer la propriété d’un siège. La Commission est indépendante ».
Dans le même paragraphe, il nous explique que la France espère tel poste, mais que la Commission est indépendante. Autrement dit, si Paris veut le marché intérieur, c’est juste pour faire joli sur le CV de Michel Barnier (le prétendant le plus probable en tant que commissaire français) ? Pareil pour nos amis Roumains ? Pas vraiment en réalité. Le prisme national est présent dans la Commission, que les traités le veuillent ou non et les Etats cherchent à influencer les politiques européennes par ce biais.
Barroso, what else ?
Et enfin, pourquoi vouloir quelqu’un d’autre que Barroso ? L’état d’esprit actuel des gouvernements européens est un arrêt des transferts de souveraineté, de miser sur l’inter gouvernementalisme d’où l’avantage d’une Commission tenu par quelqu’un qui ne fait pas de remous, venant d’un petit Etat membre. Mettre un Français, c’est le risque de revoir ce construire d’ambitieux projets franco-allemands, ce que les Britanniques et leurs alliés verraient d’un mauvais œil.
Malgré les vagues actuelles et les réticences de certains euro-parlementaires, José Manuel Barroso semble bel et bien en piste pour une deuxième danse.
Jean-Sébastien Lefebvre
Europa451
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