![]() (Zingaro/Flickr) Publitalia 80, propriété de Silvio Berlusconi, contrôle deux tiers du marché de la publicité dans les médias italiens, selon Freedom House et la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU. De même que le fascisme avait inventé les syndicats verticaux, nous assisterions à la naissance du journalisme vertical, dans lequel tous doivent se cadrer sous le dictat de la hiérarchie. Cette information suffirait pour comprendre que l’Italie représente le paradigme de la concentration de pouvoirs dans le secteur des médias. Et surtout pour imaginer le pouvoir potentiel d’intimidation et de censure que le Premier Ministre italien Silvio Berlusconi peut exercer sur les journalistes et les médias qui n’informeraient pas selon ses désirs à lui. D’ailleurs il ne s’agit pas d’un pouvoir potentiel, mais effectif, puisque Berlusconi l’exerce tous les jours sans complexe. En Juin 2009, pendant le congrès annuel des jeunes industriels, ce leader de la droite italienne encouragea ls entreprises à ne pas inclure leur publicité dans les journaux contraires à sa position, Berlusconi défend ses intérêts personnels dès qu’il en a l’occasion : d’un côté il menace de façon indirecte les médias hostiles à sa politique de perdre leurs revenus publicitaires, de l’autre, il augmente les revenus publicitaires de ses propres médias, du fait de la réduction de marché. Un empire influent attaqué de tous côtés ![]() (Gouvernement italien) Ses médias ne sont pas peu nombreux. Trois chaînes de TV nationales privées, plusieurs journaux et des maisons d’édition importantes telles que Mondadori, dont l’achat frauduleux vient de lui valoir cette semaine d’être déclaré coupable de chantage et sommé de payer une amende de 750 millions d’euros. À cela il faut ajouter le contrôle qu’il a sur la radio publique et trois chaînes de TV nationales publiques : RAI 1, RAI 2, RAI 3. Selon un rapport d’Open Society Institute, « le chef du gouvernement italien tire un profit politique de son contrôle des médias de la RAI et de Mediaset pour influencer l’opinion publique et l’électorat ». Il suffit de se rappeler de l’épisode d'il y a 3 semaines, quand il a forcé un changement dans la programmation de RAI 1 et Canale 5 pour qu’ils n’interfèrent pas dans les indices d’audience de l’émission de "Porta a Porta" consacrée pour l’occasion à la figure de Berlusconi. Il devait, ce soir là en direct, donner les clés des nouvelles maisons construites pour les victimes du tremblement de terre des Abruzzes au printemps dernier. L’Italie vit une panne informative ![]() Il y a cinq mois, le journal espagnol El País avait dévoilé le scandale des Velinas, ces femmes escortgirls que les amis de Berlusconi ramenaient à la Villa Certosa, la maison de villégiature du premier ministre en Sicile. Pourtant, les médias sous son contrôle ont à peine traité le sujet depuis trois semaines, et cela de façon assez timide. Les Italiens sont alors forcer de s’informer de ce qui se passe dans leur pays à travers les médias étrangers. Mais combien le font vraiment ? Depuis la fondation d'European Alternatives, Nicoló Milanese dénonce « qu’en Italie, un processus plus ou moins sophistiqué de manipulation médiatique menace de laisser les citoyens sans médias pour se former une opinion raisonnée et contrôler l’action des pouvoirs publics ». Puisque dans une démocratie occidentale personne n’accepte plus qu’on séquestre une publication, ce que fait l’équipe de Berlusconi c’est de poursuivre judiciairement les médias pour cause de diffamation. Des procès ont été ouverts contre La Repubblica, L’Unità, El País et Le Nouvel Observateur,.The Times Newspaper risque d’entrer dans cette liste prochainement. Paradoxalement, Il Foglio, journal contrôlé par Berlusconi, qui a aussi publié les informations dévoilées par la presse internationale sur la vie privée du dirigeant italien, n’a pas été attaqué en justice. C’est ce qui a poussé les Verts, les Libréaux, les Socialistes et les Communistes européens à prendre la parole au parlement européen pour exiger un débat et une résolution sur la liberté de presse et le marché des médias en Europe. Le problème a surpassé les frontières italiennes. L’image de l’Italie remise en question dans la scène internationale ![]() À cause de cette harcèlement judiciaire contre la presse internationale, Freedom House, une organisation proche du conservateur Parti Républicain nord-américain, a dégradé l’Italie dans son classement annuel sur la liberté de la presse dans le monde. L’Italie est désormais « un pays partiellement libre à cause des ingérences politiques dans le système d’information, la baisse du pluralisme médiatique et le contrôle de la part de Berlusconi de 90% de l’audience TV ». Le chef du groupe europarlementaire libéral, Guy Verhofstadt, considère cette dégradation une « honte pour l’Europe ». Reporters sans Frontières et l’Agence France Presse insistent dans leurs communiqués que « pour la première fois dans l’Histoire de l’UE, un chef de gouvernement, l’italien Silvio Berlusconi, a lancé une offensive virulente contre la liberté de la presse ». Des institutions telles que l’OSCE estiment que la concentration médiatique en Italie « est un défi contre l’architecture constitutionnelle européenne et un mauvais exemple pour les jeunes démocraties en développement ». Le Conseil de l’Europe prévient contre le risque de monopole informatif et la perte de pluralisme médiatique en Italie. La dernière offensive du clan Berlusconi Ceci dit, Berlusconi explique ses actions par une campagne orchestrée par la gauche internationale et sa cinquième colonne en Italie. C'est aussi ce qu’on peut conclure de ses déclarations du 7 octobre après sa défaite devant de la Court Suprême italienne, qui considère anticonstitutionnelle la loi qui garantissait l’immunité judiciaire de Berlusconi. « Je m’en fout de ce que dit un tribunal rempli de juges gauchistes ; je me maintiens au poste car ces choses-là me stimulent. Vive l’Italie et vive Berlusconi ! », exclamait-il devant un rassemblement de journalistes. Désormais, ceux qui seront contre Berlusconi, seront considérés comme des anti-italiens. « Pourquoi quand la gauche gouvernait en Italie sans une loi contre la concentration médiatique personne ne se plaignait ? », demande-t-on dans les rangs de la droite italienne. Umberto Bossi, le fondateur de la Lega Nord, un parti xénophobe qui gouverne en coalition avec Berlusconi, parle même de « faire appel au peuple » dan une menace à peine voilée d'insurrection. Les appels à détourner la loi sont courants en Italie, et Berlusconi est le premier à les émettre. En Septembre il avait invité les Italiens à ne pas payer leur redevence télé, avec laquelle est financé la RAI et dont une de ses émissions avait osé diffuser des images du scandale des Velinas. Depuis les rangs du Gouvernement on brandit les chiffres de l’Agcom et de la Fédération Italienne d’Éditeurs de Journaux. « Aucun des cinq principaux journaux d’un pays présente une orientation favorable au Gouvernement », clamait à Bruxelles Mario Mauro, pion fidèle de Berlusconi en Europe. Il s’agit de Corriere della Sera, La Repubblica, Sole 24 Ore, La Stampa, et Il Messaggero. D’ailleurs, deux nouveaux journaux ont vu le jour dans cet ambiance délétère ces derniers mois : Il Fatto et L’Altro, tous les deux issus de ce que la droite italienne nomme « la gauche la plus radicale ». C'est-à-dire la gauche au-delà du parti centriste PD de Dario Franceschini. Finalement, Mauro rappelle aux journalistes que Berlusconi n’est pas le seul gouvernant qui attaque en justice des journaux. Par le passé, le premier ministre tchèque Milos Zeman, le premier ministre finlandais Matti Vanhanen ou le slovène Janesz Jansa ont fait recours aux tribunaux contre la presse. Et rien qu'en Italie, les anciens premiers ministres Lamberto Dini, Massimo D’Alema et Romano Prodi avaient agi de même. La tactique Mauro consiste donc de gérer cette affaire ennuyeuse pour l'image de l'Italite « à l’attaque, et non pas à la défensive ». Fernando Navarro Sordo Europa451 CommentsLeave a Reply | Catégories:
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