![]() (Flickr/y.caradec) Embourbé dans des affaires scandalo-buzzantes, le gouvernement français a misé sur un débat haut en couleurs pour détourner l'attention médiatique et populaire: l'identité nationale. Succès assuré en ces temps de crise, mais rien de nouveau à l'heure de la construction européenne. En Espagne, le thème de l'identité nationale revient très régulièrement dans les médias. La faute aux régionalismes catalan et basque qui parfois mettent à mal l'Etat espagnol. En France, c'est plus rare, mais assez ponctuel, correspondant souvent à des périodes troublées ou pré-électorales. Car si la France se veut universelle, elle aime aussi fixer ses propres règles. Les euro-députés embrigadés Lors de l'annonce de ce débat par le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Eric Besson, ce dernier a tenu à préciser que les élus seront mis à contribution, dont les députés européens. Intéressant. Scrutant la presse depuis plusieurs jours, Europa451 trouve néanmoins que si les anciens discours sont de retour, l'aspect innovateur de l'Europe est très absent. Car peut-on encore en 2009 considérer que l'identité française est un vase clos national alors que les interactions avec nos voisins et partenaires n'ont jamais été si grandes ? En ce moment même, Nicolas Sarkozy pense et veut transformer le 11 novembre, jour symbole par excellence du sacrifice du soldat citoyen français, en journée franco-allemande. Il ne faudrait pas oublier que l'identité française s'est largement construite en opposition à celle de ses cousins germains. Ils ont misé sur le sang. Ernest Renan en 1883 avec son discours devant la Sorbonne a pris le contre-pied en misant sur l'adhésion à des valeurs, avec ce fameux "plébiscite de tous les jours". 1992, année citoyenne Depuis nos frontières sont tombées, plus rapidement qu'elles n'ont été construites. Aujourd'hui, une simple carte d'identité suffit pour aller de Lisbonne à Helsinki. Ce que ne manquent pas de faire une jeunesse qui explore les possibilités de la mobilité estudiantine ou professionnelle à grand renfort de multilinguisme. L'exemple souvent évoqué de Bruxelles et son quartier européen n'est qu'une partie de l'iceberg. Dans ce joyeux capharnaüm, les Français ne sont pas en reste, ni repliés sur leur vieille nation comme pourraient le croire certains. Ils sont les plus nombreux à participer au programme Erasmus, et les expatriés se comptent par milliers: 300 000 au Royaume-Uni, 200 000 en Belgique, 160 000 en Allemagne, 82 000 en Espagne, 5000 en Pologne, etc. Tous ceux-là (et bien d'autres) ont compris que si leur nationalité est française, leur citoyenneté est européenne. Et ce, depuis 1992 et le Traité de Maastricht, article 8 : 1. Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre. 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par le présent traité. » En découle alors des droits (nombreux mais encore limités sous certaines conditions) et de devoirs (encore non définit mais répétés dans la Charte des droits fondamentaux). C’est finalement là que se situe tout l’enjeu : dans ce nouvel équilibre entre nationalité et citoyenneté puisque le traité est clair : avoir une nationalité d’un Etat membre de l’UE vous confère automatiquement la citoyenneté européenne. Les pourfendeurs de l'Europe diront que cela est artificiel, mais venant d'un Français, cela serait cocasse puisque l'identité française a été construite principalement par l'Etat centraliste, sacrifiant les particularismes régionaux. Tous Français ? Le XIXème a justement permis l’émergence de l’Etat-nation, concept dans lequel la nationalité et la citoyenneté sont mêlés, expliquant la fin d’Empires comme celui de l’Autriche ou Ottoman, ne pouvant s’y conformer. Or, depuis 1945, il y a un décollement progressif entre les deux. D’abord de traité en traité, puis aujourd’hui dans la vie quotidienne, la citoyenneté échappe de plus en plus à nos vieux Etats, étant remplacés par l’Union européenne : Cour de justice des communautés européennes, Parlement européen, Charte européenne des droits fondamentaux. Ce sont ces organes qui aujourd’hui protègent le citoyen, pouvant recadrer un Etat niant les principes européens dans ses actes. Et c’est là qu’on peut apercevoir la faiblesse du débat français. Beaucoup déclarent depuis plusieurs jours qu’être Français signifie être attaché aux valeurs démocratiques, aux droits de l’Homme, à la liberté. Si tel est le cas, l’Europe entière est française. Ces valeurs sont celles de tout un continent (et même plus), et pas seulement d’une nation. Tenir de tels discours était possible quand une moitié d’Européens vivait sous jougs communistes ou que les régimes fascistes étaient plus nombreux que les démocraties. Mais en 2009, cela ne tient plus la route. De nouveaux facteurs sont à prendre en compte. Une migration verticale La difficulté est que ce phénomène est vertical, allant vers le haut, vers la création d’un nouvel ensemble, plus grand que les précédents, alors que la tendance actuelle est inverse. Depuis plusieurs années, nous assistons au développement d’identités individuelles, horizontales : sexuelle, religieuse, régionale, etc. A l’heure d’une mondialisation et d’une plus grande inter-connectivité de notre planète, le repli sur soi est une valeur refuge. Miser sur la citoyenneté européenne est donc un pari, avec une assez mauvaise cote. Surtout que cela réduit la définition « d’être Français », sans pourtant la remplacer. Mais au lieu de ressasser les vieilles gloires, les vieux rêves - le tout gangrené par une certaine nostalgie d'antan, symbole d'une société française perturbée par le monde qui change - l'intérêt du débat ne serait-il pas rehaussé en évoquant, cherchant l'avenir ? Pour tous ceux qui ont fait l’expérience, il est souvent plus facile de se sentir français lors de séjour à l’étranger que chez soi. Puisqu’à ce moment, sa propre identité, même inconsciente, est confrontée à l’Autre. En 2009, France et les Français ne peuvent ni ne doivent se définir sans l’élément européen, devenu central. Et à partir de là, il devient plus évident de voir qu’être Français est plus la somme de certains us et coutumes (célébrer l’épiphanie par exemple), de concepts particuliers (la relation avec l’Etat) et leur hiérarchisation (la société française privilégie l’égalité alors que les Britanniques sont plus portés sur la liberté), de points de référence (avoir lu Molière à l’école ou rire aux Guignols de l’info) ou de conceptions bien à vous (un seul verbe aimer chez les Français, deux chez les Allemands) qui font votre identité nationale. Car le reste dépend de votre citoyenneté. Et pour les Français comme pour les Allemands, les Polonais, les Espagnols ou les Bulgares, elle est maintenant européenne. C’est dans ce cadre que la France et ses habitants doivent aujourd’hui se repenser leur identité et débattre. Jean-Sébastien Lefebvre Europa451 Commentsvwsf 03/26/2010 03:00
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